La chaîne de supermarchés Morrisons a annoncé son intention de fermer une centaine de magasins de proximité dans les mois à venir. Ces établissements, qui exploitent l’enseigne Morrisons Daily, sont déficitaires depuis plusieurs années et les mesures gouvernementales récentes ont aggravé leur situation, selon un porte-parole de l’entreprise.
Des magasins lourdement déficitaires
Les magasins concernés font partie de ceux acquis lors du rachat de la chaîne McColls en 2022. Morrisons précise que ces points de vente n’ont pas été rentables malgré des tentatives de redressement. La direction évoque des « augmentations de coûts significatives résultant des choix de politique gouvernementale », en particulier la revalorisation du salaire minimum national et le relèvement des cotisations patronales d’assurance nationale (National Insurance). Ces mesures, entrées en vigueur en avril dernier, alourdissent les charges des employeurs.
L’entreprise n’a pas encore dévoilé la liste exacte des magasins visés, mais indique qu’ils sont répartis dans tout le Royaume-Uni. Un processus de consultation avec les représentants du personnel doit débuter prochainement. Morrisons n’a pas communiqué le nombre précis d’emplois menacés, mais il est entendu que plusieurs centaines de postes sont en jeu. Le porte-parole a déclaré que l’entreprise s’efforcera de trouver d’autres opportunités au sein du groupe pour les salariés touchés.
Un contexte de restructuration
Cette décision s’inscrit dans une série de mesures d’économies chez Morrisons. L’année dernière, la chaîne avait déjà fermé 52 cafés et 17 magasins de proximité. Le mois dernier, elle avait annoncé la suppression potentielle d’environ 200 postes à son siège de Bradford. Au total, l’enseigne compte environ 1 700 magasins Morrisons Daily et a ouvert plus de 120 franchises l’an dernier. Elle affirme néanmoins maintenir un « plan d’expansion solide » pour 2026, avec la perspective d’ouvrir des centaines de nouvelles franchises dans les années à venir.
La réaction du gouvernement
Un porte-parole du gouvernement britannique a qualifié ces fermetures de « décision commerciale » relevant de la responsabilité de Morrisons, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une période préoccupante pour les travailleurs et leurs familles. Il a ajouté qu’un large éventail de soutiens est disponible pour les personnes concernées, et que l’organisme de médiation Acas peut fournir des conseils gratuits et impartiaux sur les droits au travail.
Des tensions sur l’ensemble du secteur
De nombreux distributeurs britanniques font face à une vague de hausses de coûts depuis avril, avec l’augmentation des cotisations patronales, la hausse du salaire minimum et l’entrée en vigueur du programme de responsabilité élargie du producteur (ERP), qui oblige les entreprises agroalimentaires à payer pour le recyclage des emballages par les collectivités locales.
Par ailleurs, l’inflation reste au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la Banque d’Angleterre. Les chiffres publiés en avril montrent que la hausse annuelle des prix alimentaires atteint 3 %, contre 2,8 % pour l’inflation globale. Des experts avertissent que l’inflation alimentaire pourrait grimper jusqu’à 10 % d’ici la fin de l’année en raison des conséquences du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Le climat est également tendu entre le gouvernement et les supermarchés. Plusieurs sources du secteur ont rapporté que l’exécutif a demandé aux enseignes de geler volontairement les prix de produits de base comme le lait, le pain et les œufs, en échange d’un allègement de certaines réglementations. Cette proposition a suscité une vive réaction des dirigeants de la grande distribution. Justin King, ancien PDG de Sainsbury’s, a jugé « hypocrite » que le Trésor demande aux supermarchés de plafonner les prix alors que ses propres politiques alimentent l’inflation.
Des choix douloureux pour l’emploi
Face à ces difficultés, Morrisons justifie sa décision comme « difficile mais nécessaire ». La chaîne espère que les mesures prises permettront de concentrer ses efforts sur les magasins rentables et de poursuivre son développement. Les syndicats et les élus locaux devraient suivre de près l’évolution des consultations, alors que le secteur de la distribution britannique traverse une période de turbulences marquée par des restructurations et des pressions sur les coûts.