Les tensions entre la Russie et l'Arménie atteignent un seuil critique. Moscou, par l'intermédiaire de l'Union économique eurasiatique (UEE) qu'elle domine, somme Erevan de clarifier ses alliances. Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, poursuit depuis plusieurs mois une stratégie de « diversification » diplomatique, cherchant à préserver les liens avec la Russie tout en se rapprochant des institutions occidentales, en particulier l'Union européenne.

Cette stratégie est ouvertement dénoncée par le Kremlin. Vladimir Poutine a estimé qu'il était « impossible de concilier les deux » blocs, selon des déclarations rapportées récemment. L'UEE, organisation régionale intégrant plusieurs ex-républiques soviétiques, a formulé une exigence inédite : la tenue d'un référendum populaire en Arménie pour permettre aux citoyens de trancher entre le maintien dans l'union dirigée par Moscou et une adhésion à l'Union européenne. En cas de refus, l'UEE menace de suspendre l'Arménie de ses rangs.

Un changement de cap annoncé par Erevan

Depuis son arrivée au pouvoir, Nikol Pachinian a progressivement infléchi la politique étrangère de son pays, traditionnellement alignée sur Moscou. Erevan a notamment suspendu sa participation à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), l'alliance militaire menée par la Russie, et a engagé des discussions avec Bruxelles sur un éventuel processus d'adhésion à l'Union européenne. Ce virage a provoqué une irritation croissante au Kremlin, qui considère le Caucase du Sud comme une zone d'influence stratégique.

La demande de référendum émanant de l'UEE est perçue par les observateurs comme une manœuvre de la Russie pour contraindre l'Arménie à un choix clair, dans l'espoir que la population, historiquement attachée à des liens étroits avec Moscou, se prononce en faveur du maintien dans l'union eurasiatique. Aucune date n'a encore été fixée pour une telle consultation, et la proposition doit encore être officiellement soumise au gouvernement arménien.

Des conséquences économiques redoutées

L'UEE réunit, outre la Russie et l'Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Elle assure la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des travailleurs entre ses membres. Une suspension de l'Arménie priverait Erevan des avantages tarifaires et douaniers accordés au sein du bloc, affectant des secteurs clés comme l'énergie, les importations de céréales et les transferts de fonds des Arméniens travaillant en Russie. Selon des données économiques, la Russie demeure l'un des premiers partenaires commerciaux de l'Arménie, et une rupture pourrait fragiliser une économie déjà confrontée à des défis sécuritaires et migratoires.

Du côté arménien, les autorités restent prudentes. Nikol Pachinian n'a pas encore répondu publiquement à l'ultimatum de l'UEE. Son gouvernement insiste sur le droit souverain de l'Arménie à définir ses orientations diplomatiques, tout en évitant une rupture frontale avec Moscou. Erevan cherche à maintenir un équilibre délicat, d'autant que la sécurité du pays dépend encore en partie d'accords bilatéraux avec la Russie, malgré le retrait de l'OTSC.

Une escalade aux répercussions régionales

Cette confrontation intervient dans un contexte régional tendu. L'Arménie accuse régulièrement la Russie de ne pas avoir respecté ses engagements de sécurité, notamment lors du conflit du Haut-Karabakh. En parallèle, l'influence de l'Union européenne dans le Caucase du Sud s'accroît, Bruxelles ayant proposé un paquet d'aide et des perspectives d'intégration à Erevan. La Russie voit d'un mauvais œil cette pénétration occidentale dans ce qu'elle considère comme son pré carré.

Les experts estiment que le référendum exigé par l'UEE place l'Arménie dans une position intenable. Un vote favorable à l'UE entraînerait une suspension quasi certaine de l'union eurasiatique et une détérioration des relations bilatérales avec la Russie. Un vote en faveur du maintien dans l'UEE serait perçu comme un renoncement aux aspirations européennes du gouvernement Pachinian et affaiblirait sa crédibilité auprès des partenaires occidentaux. Dans les deux cas, le pays risque de subir des conséquences économiques et politiques lourdes.

La communauté internationale suit cette escalade avec attention. L'Union européenne a réaffirmé son soutien à la souveraineté de l'Arménie, tandis que les États-Unis appellent au dialogue. Moscou, de son côté, semble déterminé à ne pas laisser Erevan s'éloigner sans réagir, faisant de ce bras de fer un test majeur pour l'influence russe dans l'espace post-soviétique.