Les autorités chinoises ont donné le coup d’envoi des travaux de ce qui pourrait devenir la plus grande agglomération planifiée au monde. Le projet, connu sous le nom de Jing-Jin-Ji, vise à intégrer la capitale Pékin, la municipalité portuaire de Tianjin et la province du Hebei en une seule entité urbaine et économique. Selon des sources officielles, cette mégapole comptera à terme plus de 100 millions d’habitants, soit l’équivalent de la population du Mexique.

Un projet stratégique pour contrer le ralentissement économique

Ce chantier colossal s’inscrit dans la stratégie des autorités chinoises pour stimuler une croissance économique en perte de vitesse. Le produit intérieur brut (PIB) du pays a enregistré une progression de 5 % au premier trimestre 2026, un chiffre conforme aux prévisions mais qui témoigne d’une dynamique modérée. En lançant ce projet d’infrastructure massif, Pékin cherche à créer des emplois, à soutenir la demande intérieure et à moderniser les réseaux de transport.

Le plan prévoit notamment la construction de nouvelles lignes de train à grande vitesse, de routes et de ponts, ainsi que le développement de zones industrielles et technologiques. L’objectif affiché est de réduire les disparités de développement entre la côte Est, déjà très urbanisée, et l’arrière-pays, et de décongestionner la capitale en déplaçant certaines fonctions administratives et économiques vers les villes voisines.

Une coordination inédite entre trois territoires

Le projet Jing-Jin-Ji repose sur une coordination sans précédent entre les autorités municipales de Pékin et de Tianjin, et le gouvernement provincial du Hebei. Des comités conjoints ont été mis en place pour harmoniser les politiques d’urbanisme, de transport et d’environnement. L’un des défis majeurs reste la pollution atmosphérique, qui affecte toute la région. Les autorités ont annoncé des mesures de contrôle des émissions industrielles et de promotion des énergies propres dans le cadre du projet.

Le coût total estimé des travaux n’a pas été officiellement communiqué, mais des experts le chiffrent en centaines de milliards de yuans. Le financement sera assuré par un mélange de fonds publics, d’obligations d’infrastructure et d’investissements privés.

Un calendrier ambitieux

Les premières phases du projet devraient être achevées d’ici 2030, avec la mise en service des principaux axes de transport et des premières zones industrielles. La mégapole intégrée est prévue pour être pleinement opérationnelle autour de 2035. Ce calendrier s’aligne sur les objectifs de long terme du Parti communiste chinois, qui vise à faire de la Chine une « société modérément prospère » à l’horizon 2035.

Les observateurs notent que ce projet s’inscrit dans une tradition chinoise de grands travaux d’infrastructure, mais qu’il se distingue par son échelle démographique et géographique. Si certaines mégapoles existantes, comme Tokyo-Yokohama ou la région du delta de la Rivière des Perles, comptent déjà plusieurs dizaines de millions d’habitants, aucune n’atteint la taille planifiée de Jing-Jin-Ji.

Des interrogations environnementales et sociales

Malgré l’enthousiasme officiel, le projet suscite des interrogations parmi les experts. La concentration d’une population aussi massive dans une seule région pose des questions en termes de gestion de l’eau, de traitement des déchets et de qualité de l’air. Par ailleurs, le déplacement forcé de communautés rurales pour libérer des terrains a déjà provoqué des tensions localement.

Des organisations non gouvernementales ont appelé à une évaluation d’impact environnemental approfondie et à des garanties pour les populations déplacées. Les autorités chinoises assurent avoir pris ces préoccupations en compte et promettent des normes écologiques strictes pour toutes les phases du chantier.

Un signal fort pour les investisseurs

Sur le plan économique, le lancement de ce mégaprojet envoie un signal positif aux investisseurs étrangers, alors que la Chine cherche à attirer des capitaux pour financer sa transition énergétique et technologique. Plusieurs entreprises internationales ont déjà manifesté leur intérêt pour participer aux appels d’offres, notamment dans les secteurs du ferroviaire, de la construction durable et des technologies de l’information.

Le projet Jing-Jin-Ji est donc bien plus qu’un simple chantier d’urbanisme : il incarne la vision chinoise d’un développement intégré, où l’État pilote l’aménagement du territoire à une échelle jamais vue. Reste à savoir si cette ambition parviendra à concilier performance économique, équité sociale et durabilité environnementale.