La Confédération française démocratique du travail (CFDT) a exprimé un jugement très sévère sur la mise en œuvre de l'accord national interprofessionnel (ANI) relatif au partage de la valeur en entreprise. Le secrétaire général du syndicat a qualifié cette application de « globalement catastrophique », estimant que les dispositifs censés améliorer la redistribution des bénéfices aux salariés n'ont pas produit les effets escomptés.

Un constat d'échec pour le syndicat

Selon le dirigeant syndical, les mécanismes prévus par l'accord, qui devaient permettre une meilleure répartition des profits entre les actionnaires et les salariés, se heurtent à des obstacles majeurs dans leur mise en œuvre concrète. La CFDT déplore notamment que les entreprises n'aient pas suffisamment recours aux dispositifs de partage de la valeur tels que la prime de partage de la valeur (PPV) ou l'intéressement, ou qu'elles les utilisent de manière jugée insuffisante par rapport aux bénéfices réalisés. Le syndicat pointe également des difficultés d'accès à l'information pour les salariés et un manque de transparence dans le calcul des primes.

Des négociations difficiles en amont

L'ANI sur le partage de la valeur avait été signé en 2023 par plusieurs organisations syndicales et patronales, après des mois de négociations intenses. L'objectif affiché était de mieux associer les salariés aux performances des entreprises, notamment en période d'inflation élevée. Le texte prévoyait un renforcement des dispositifs existants (intéressement, participation) ainsi que la création de nouveaux mécanismes, comme la PPV. Cependant, la CFDT, qui avait été l'un des artisans de cet accord, juge aujourd'hui que sa traduction législative et réglementaire a considérablement affaibli ses ambitions. Le secrétaire général a regretté que le texte final adopté par le gouvernement soit « très en dessous » de ce que prévoyait l'engagement initial des partenaires sociaux.

Les critiques portent sur plusieurs points

Parmi les griefs formulés par la CFDT, figurent le fait que de nombreuses entreprises, en particulier les petites et moyennes, n'ont pas mis en place de dispositif de partage de la valeur, faute d'obligation légale suffisamment contraignante. Le syndicat dénonce également un manque de sanctions pour les entreprises qui ne respectent pas leurs engagements. Par ailleurs, la CFDT estime que les critères de calcul de la PPV, basés sur les résultats de l'entreprise, restent trop flous et permettent trop de flexibilité aux employeurs, au détriment des salariés.

Des implications politiques

Cette prise de position de la CFDT intervient dans un contexte où le gouvernement avait fait du partage de la valeur l'un des axes de sa politique économique et sociale. L'exécutif s'était engagé à améliorer la répartition des fruits de la croissance et à soutenir le pouvoir d'achat des ménages. Les critiques de la CFDT, alliée historique de la majorité sur certains sujets sociaux, pourraient affaiblir la crédibilité de la politique gouvernementale en la matière. Le syndicat appelle à une « révision en profondeur » du dispositif et à une meilleure association des partenaires sociaux dans son pilotage. La CFDT menace même, si aucune mesure corrective n'est prise, de ne pas participer à de futures négociations sur ce thème.

Des réactions attendues du côté du patronat et du gouvernement

Il est probable que les organisations patronales, à commencer par le Medef, contestent ces critiques, arguant que le partage de la valeur relève avant tout de la volonté des entreprises et de leur capacité à investir. Le gouvernement, de son côté, pourrait souligner les progrès accomplis depuis la signature de l'accord, notamment la hausse du recours à l'intéressement constatée dans certaines grandes entreprises. Toutefois, la CFDT insiste sur le fait que les chiffres globaux restent très insuffisants au regard des bénéfices records enregistrés par de nombreuses sociétés ces dernières années. Le débat public pourrait donc rebondir dans les semaines à venir.

Conclusion

En résumé, la CFDT dresse un bilan très négatif de l'application de l'accord sur le partage de la valeur. Le syndicat estime que les salariés ne bénéficient pas suffisamment des richesses qu'ils contribuent à créer et appelle à un véritable sursaut politique et législatif pour remédier à cette situation. La question du partage de la valeur reste ainsi un sujet de crispation majeur dans le dialogue social en France.