Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a révélé le 25 mai avoir été mise en examen pour diffamation à la suite de déclarations sur la situation syndicale chez Tefal. La procédure a été engagée par l’entreprise du groupe SEB après des propos tenus notamment lors de la Fête de l’Humanité, où la syndicaliste avait dénoncé une « répression patronale » au sein de l’usine.

Des propos liés à une salariée sanctionnée

Les déclarations visées par Tefal faisaient référence à Ouria Belaziz, déléguée CGT dans l’entreprise. Selon le communiqué de la CGT, celle-ci avait reçu « un avertissement » après avoir demandé, lors d’une réunion du groupe SEB, des informations sur « la dangerosité des substances chimiques utilisées dans certaines usines du groupe, contenant des PFAS ». La syndicaliste avait souligné que les salariés pouvaient y être exposés « par inhalation, ingestion ou voie cutanée ». Sophie Binet avait repris cet exemple pour illustrer ce qu’elle qualifie de répression antisyndicale.

Un contentieux environnemental de longue date

Le site Tefal de Rumilly, en Haute-Savoie, est au cœur d’une controverse sanitaire et environnementale depuis plusieurs années. En 2022, l’Agence régionale de santé (ARS) y avait détecté des concentrations élevées de PFOA – un PFAS interdit depuis 2020 en raison de sa toxicité et de son caractère potentiellement cancérogène – dans l’eau potable de la commune. Deux captages d’eau avaient dû être fermés. Des enquêtes ultérieures ont pointé l’usine Tefal comme source possible d’une partie de cette contamination historique, liée à l’utilisation passée de composés fluorés dans la fabrication des revêtements antiadhésifs.

Nouvelles mesures de l’État

En avril 2026, la préfecture de Haute-Savoie a annoncé avoir détecté des PFAS dans l’air aux abords du site de Rumilly. L’État a alors enjoint à Tefal de prendre plusieurs mesures : identifier précisément les substances émises, mesurer leurs concentrations, réaliser une étude de dispersion atmosphérique actuelle et historique, et proposer un plan d’action avant la fin de l’année 2026. Ces obligations s’ajoutent aux investigations déjà menées sur la contamination de l’eau et des sols.

Une affaire judiciaire suivie de près

Cette action en diffamation intervient alors que le sujet des PFAS – « polluants éternels » – suscite une mobilisation croissante des syndicats et des associations environnementales. Pour la CGT, la procédure engagée par Tefal constitue une tentative de « bâillonner » le syndicat sur un enjeu de santé publique. Sophie Binet a dénoncé cette poursuite sur France 2, la présentant comme une atteinte à la liberté syndicale. De son côté, Tefal n’a pas commenté publiquement l’affaire à ce stade.

Contexte plus large

Ce dossier s’inscrit dans une série de révélations sur la contamination aux PFAS en France. Plusieurs sites industriels, notamment dans la chimie et le textile, sont pointés du doigt. La loi sur les PFAS, adoptée en 2025, vise à restreindre progressivement l’usage de ces substances, mais leur présence persistante dans l’environnement continue d’alimenter des contentieux entre industriels, pouvoirs publics et associations. L’issue de cette procédure judiciaire sera suivie avec attention tant par les observateurs du droit du travail que par ceux de la protection de l’environnement.