L’ancien président des Philippines Rodrigo Duterte comparaîtra devant la Cour pénale internationale (CPI) à partir du 30 novembre, pour des accusations de crimes contre l’humanité liées à la sanglante campagne antidrogue menée sous son mandat. La date du procès a été officialisée ces derniers jours par la chambre préliminaire de la cour, basée à La Haye.
Des accusations qui portent sur la guerre contre la drogue
Rodrigo Duterte, qui a dirigé les Philippines de 2016 à 2022, est au cœur d’une procédure pour des faits qui remontent à la période où il était maire de la ville de Davao, de 2011 à 2016, puis durant sa présidence. La CPI l’accuse d’avoir orchestré des exécutions extrajudiciaires massives dans le cadre de sa lutte contre les stupéfiants. Selon les estimations, plusieurs milliers de personnes, pour la plupart des dealers ou des toxicomanes présumés, ont été tuées sans procès. Des enquêtes et des témoignages ont établi que les forces de l’ordre, sous l’impulsion du pouvoir, auraient exécuté sommairement des suspects, avant de présenter les morts comme des victimes de légitime défense.
Un procès historique pour la CPI
Ce procès est l’un des plus importants jamais intentés par la CPI contre un ancien chef d’État. Rodrigo Duterte, âgé de 80 ans, plaide non coupable. Il conteste la compétence de la cour, arguant que les Philippines se sont retirées du Statut de Rome en 2019. Cependant, les juges ont estimé que la CPI reste compétente pour les crimes présumés commis entre 2011 et 2019, date à laquelle le retrait est devenu effectif. La décision de la cour a été saluée par les organisations de défense des droits humains, mais critiquée par le gouvernement actuel de Manille.
Les réactions et les enjeux
Le gouvernement philippin actuel, dirigé par le président Ferdinand Marcos Junior, a déclaré qu’il ne coopérerait pas avec la CPI, qualifiant la procédure d’« atteinte à la souveraineté nationale ». De son côté, Rodrigo Duterte reste une figure populaire dans son pays, notamment pour son image d’homme fort qui a promis de débarrasser le pays de la drogue. Les audiences à La Haye promettent d’être très suivies, tant aux Philippines qu’à l’international. La défense devrait contester les preuves présentées par l’accusation, tandis que les parties civiles réclament justice pour les familles des victimes. Le verdict, attendu dans plusieurs mois, pourrait avoir des répercussions sur la politique intérieure philippine et sur la crédibilité de la CPI.