Un appel pressant de Washington

Le président américain Donald Trump a récemment appelé le Pakistan et d’autres pays à majorité musulmane à normaliser leurs relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham. Cette initiative, lancée en 2020, a déjà permis à plusieurs États arabes comme les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc ou le Soudan d’établir des liens diplomatiques avec l’État hébreu. Pour le Pakistan, cette perspective représente un choix stratégique délicat, entre bénéfices potentiels et lourdes conséquences intérieures et régionales.

Les avantages pour Islamabad

Sur le plan économique et géopolitique, une adhésion aux accords d’Abraham pourrait offrir plusieurs atouts au Pakistan. En premier lieu, un rapprochement avec Israël permettrait d’accéder à des technologies avancées, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la cybersécurité ou de la gestion de l’eau, secteurs où Israël excelle. Ensuite, cela renforcerait les liens avec les États-Unis, principal artisan des accords, et pourrait faciliter des soutiens financiers ou militaires américains. Enfin, le Pakistan cherche à équilibrer ses relations avec les puissances régionales, et une normalisation avec Israël pourrait être perçue comme un moyen de contrebalancer l’influence croissante de l’Inde, qui entretient elle-même des relations étroites avec Israël.

Des obstacles internes et régionaux majeurs

Cependant, les obstacles sont nombreux. Sur le plan intérieur, la société pakistanaise est majoritairement musulmane et très attachée à la cause palestinienne. Les partis religieux et une large partie de l’opinion publique considèrent Israël comme un État occupant illégitimement les territoires palestiniens. Tout geste de normalisation risquerait de déclencher de vives protestations et de fragiliser le gouvernement en place. Le Pakistan n’a jamais reconnu l’État d’Israël et ses citoyens ne peuvent pas se rendre en territoire israélien avec un passeport pakistanais.

Sur le plan diplomatique, le Pakistan entretient des relations historiques avec l’Arabie saoudite et l’Iran. Riyad, bien qu’ayant normalisé ses relations avec Israël par le passé, exerce une influence considérable sur le Pakistan, notamment via des soutiens financiers et religieux. Téhéran, de son côté, reste un opposant farouche à Israël et à tout accord de normalisation. Une adhésion pakistanaise aux accords d’Abraham pourrait donc compliquer ses relations avec l’Iran et, dans une moindre mesure, avec la Chine, partenaire stratégique du Pakistan, qui privilégie une solution à deux États sans normalisation préalable.

Un équilibre régional fragile

Le Pakistan se trouve également pris dans une compétition régionale avec l’Inde. New Delhi a renforcé ses liens militaires et diplomatiques avec Israël ces dernières années, ce que certains analystes interprètent comme une tentative d’encercler le Pakistan. Pour Islamabad, une normalisation avec Israël pourrait être interprétée comme une concession à son rival indien, ce qui serait politiquement difficile à justifier. Par ailleurs, le Pakistan doit composer avec la présence d’armes nucléaires et un statut de puissance islamique, ce qui rend toute décision sur Israël particulièrement sensible.

Une stratégie d’attente ?

Face à ces contradictions, le gouvernement pakistanais semble adopter une posture prudente. Les responsables officiels n’ont pas exclu une évolution future, mais ils insistent sur la nécessité de parvenir d’abord à une solution juste et durable pour le peuple palestinien. Le Pakistan continue de soutenir la résolution de l’ONU prévoyant deux États, avec Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine. Cette position lui permet de ne pas fermer la porte à une normalisation tout en maintenant sa crédibilité auprès de son opinion publique et de ses alliés musulmans.

Conclusion

Pour le Pakistan, adhérer aux accords d’Abraham n’est pas une simple question de politique étrangère, mais un choix existentiel qui engage son identité, ses alliances et sa stabilité intérieure. Les pressions américaines et les opportunités économiques sont réelles, mais les risques politiques et sociaux le sont tout autant. Tant que la question palestinienne ne sera pas résolue, tout rapprochement avec Israël demeurera un chemin semé d’embûches pour Islamabad.