Les négociations indirectes entre les États-Unis et l'Iran butent sur une exigence centrale de Téhéran : le déblocage de plusieurs milliards de dollars de ses propres avoirs gelés dans des banques étrangères. Alors que Washington conditionne toute discussion à l'abandon préalable de l'uranium hautement enrichi par la République islamique, les deux capitales peinent à trouver un terrain d'entente, selon des informations concordantes publiées ces derniers jours.
Une condition préalable iranienne
Selon des médias d'État iraniens, Téhéran affirme qu'aucune négociation sérieuse ne peut s'engager sans la libération préalable de ces fonds. L'agence Tasnim, affiliée au Corps des gardiens de la révolution islamique, précise que l'Iran réclame le retour de 12 milliards de dollars sur un total estimé à 24 milliards d'avoirs gelés à l'étranger. Le Qatar, qui détient une partie de ces sommes, joue un rôle de médiateur dans les échanges : des responsables iraniens et qataris se sont rencontrés lundi pour discuter de ce dossier.
L'économie iranienne subit depuis des décennies l'effet cumulé des sanctions internationales et a été durement frappée par les récentes guerres avec les États-Unis et Israël. Pour le gouvernement de Téhéran, ces fonds représentent une bouée de sauvetage indispensable alors que le pays traverse une grave crise économique.
La position américaine : « No dust, no dollars »
De son côté, un haut responsable de l'administration américaine, qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat, a indiqué que la question des fonds gelés pourrait éventuellement être abordée dans le cadre d'un accord futur, mais seulement après que l'Iran se sera engagé à renoncer à son uranium hautement enrichi – ce que le président Trump appelle « poussière nucléaire ». « No dust, no dollars », a résumé ce responsable, reprenant la formule présidentielle pour signifier que tout déblocage monétaire est conditionné à l'élimination du programme nucléaire militaire iranien.
Un fossé encore large
Ces positions antagonistes témoignent de l'éloignement persistant entre les deux parties, plus d'un an après le déclenchement des hostilités directes. Si Washington insiste pour prioriser le désarmement nucléaire, Téhéran place le dégel de ses avoirs comme une étape préalable indispensable à toute discussion de fond. Les signaux contradictoires émis des deux côtés compliquent la recherche d'une issue diplomatique au conflit.
Implications régionales et enjeux économiques
Le sort de ces milliards de dollars a également des conséquences sur les équilibres régionaux. Le Qatar, impliqué comme médiateur, cherche à faciliter un dialogue qui pourrait apaiser les tensions dans le golfe Persique et stabiliser le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, récemment perturbé par les hostilités. Toute avancée sur ce dossier économique pourrait contribuer à créer les conditions d'une trêve plus large.
En coulisses, les diplomaties occidentales et régionales suivent de près l'évolution de ces tractations. La levée partielle ou totale des fonds gelés représenterait un signal fort, mais aussi un risque si elle intervenait sans garanties suffisantes sur le programme nucléaire iranien. Les prochaines semaines diront si un compromis peut émerger entre l'exigence iranienne de liquidités urgentes et la condition américaine de dénucléarisation irréversible.