Le 1er mai 2026, le prix de gros de l'électricité est tombé sous la barre des -0,50 euro par kilowattheure sur le marché allemand. Une situation devenue récurrente à mesure que la production solaire et éolienne explose en Europe : lorsque l'offre dépasse largement la demande, les prix plongent en territoire négatif. Si la plupart des consommateurs ne voient aucune différence sur leur facture, quelques milliers de foyers équipés d'une batterie connectée à un système de pilotage intelligent ont pu gagner jusqu'à 40 euros en une seule journée ce jour-là.

Un mécanisme de rémunération pour absorber les surplus

Le principe repose sur un paradoxe apparent : être payé pour consommer. Les fournisseurs d'électricité qui commercialisent des contrats à tarif fixe subissent les périodes de prix négatifs : ils continuent à livrer l'énergie à leurs clients au prix convenu tout en la revendant à perte sur le marché de gros. Pour limiter cette hémorragie, ils ont intérêt à inciter leurs clients à consommassions massives pendant ces créneaux, quitte à les rémunérer.

C'est là qu'interviennent des plateformes de pilotage à distance. En Allemagne, l'énergéticien E.ON s'appuie par exemple sur la solution de la société tchèque Delta Green. Connectée aux équipements du foyer, la plateforme agrège batteries domestiques, onduleurs et bornes de recharge pour véhicules électriques en une centrale électrique virtuelle. Son système anticipe les prix du marché de gros jusqu'à 72 heures à l'avance. Quand une période de prix négatifs s'annonce, il suspend la charge des batteries et des véhicules électriques pour les vider au maximum avant la fenêtre de prix bas. Dès que les prix passent sous zéro, les équipements se rechargent automatiquement depuis le réseau, et non depuis les panneaux solaires. En contrepartie, les clients reçoivent un paiement direct pour chaque kilowattheure absorbé pendant ces périodes.

Jan Hicl, directeur produit de Delta Green, a précisé que cela représentait environ 0,10 euro par kilowattheure après taxes et frais de réseau lors du 1er mai. Une somme modeste à l'unité, mais significative à l'échelle d'une journée de surplus massif.

Des gains variables selon les pays

Selon les données de l'entreprise, un foyer allemand équipé de panneaux solaires, d'une batterie domestique et d'un véhicule électrique peut générer en moyenne 40 euros par mois grâce à ce système, en exploitant uniquement deux mécanismes : l'anticipation des prix du lendemain (le day-ahead) et la gestion des déséquilibres de réseau. Les revenus varient sensiblement selon les pays. En Autriche, où le réseau réagit plus brutalement aux surplus renouvelables, la moyenne mensuelle monte à 71 euros. En République tchèque, elle atteint 52 euros ; en Pologne, 45 euros. Paradoxalement, l'Allemagne, marché le plus développé en matière de flexibilité, présente les gains les plus faibles, précisément parce que davantage de mécanismes absorbent les fluctuations avant que les prix n'atteignent des extrêmes.

Le client conserve le contrôle sur ses équipements : il peut définir un niveau de charge minimum, exclure son véhicule électrique du système ou limiter les cycles de charge. La seule contrainte pour percevoir le bonus mensuel est de remplir environ 90 % des demandes d'activation.

Et en France ?

La France n'est pas encore concernée. Delta Green opère en Allemagne, en Autriche, en République tchèque, en Pologne et dans d'autres pays d'Europe centrale. Aucune offre similaire n'est actuellement proposée aux consommateurs français. L'absence de tarifs dynamiques généralisés et de systèmes de pilotage automatisé à grande échelle freine pour l'instant le développement de ce type de service dans l'Hexagone.