L’effet de l’homme sur la faune sauvage ne se limite pas à la déforestation ou à la construction de routes : sa simple présence dans un paysage peut altérer la façon dont les animaux utilisent l’espace et les ressources. C’est ce que montre une vaste étude publiée le 21 mai 2026 dans la revue Science, menée par un collectif international de chercheurs dans le cadre de l’initiative Covid-19 Bio-Logging.

Des données GPS croisées avec celles des téléphones portables

Les scientifiques ont associé des enregistrements GPS provenant de 37 espèces d’oiseaux et de mammifères sauvages aux données de localisation des téléphones portables à travers les États-Unis. Pour les deux tiers de ces espèces, la présence humaine semble influencer la taille de l’aire géographique qu’elles parcourent ou la variété des environnements qu’elles fréquentent, indiquent les auteurs.

Des effets nuancés selon le niveau d’urbanisation

Les impacts humains se révèlent complexes. Dans bien des cas, les conséquences de la présence humaine sont mêlées à celles de la modification du paysage. Par exemple, quand les humains ont disparu des environs (comme pendant la pandémie de Covid-19), les wapitis et les cerfs mulet ont élargi leur domaine vital. Mais cet effet était plus marqué dans les zones rurales ou peu développées que dans les régions fortement urbanisées.

« Nous ne pouvons pas comprendre le tableau complet sans informations sur ces deux facteurs », a expliqué Ruth Oliver, écologue à l’Université de Californie à Santa Barbara et co-auteure de l’étude.

Des réactions variables selon les espèces

L’activité humaine n’affecte pas toutes les espèces de la même manière. « Les corbeaux de Yellowstone se comportent très différemment des cerfs de Virginie de Staten Island », a relevé Scott Yanco, écologue chercheur au Smithsonian’s National Zoo and Conservation Biology Institute et co-auteur.

L’« anthropause » comme laboratoire naturel

Cette recherche s’inscrit dans le cadre de l’initiative Covid-19 Bio-Logging, qui étudie les réponses des animaux au ralentissement des activités humaines pendant la pandémie – un phénomène baptisé « anthropause ». Les résultats publiés jeudi confirment que même sans destruction directe de leur habitat, la seule présence de l’homme suffit à modifier le comportement spatial de nombreuses espèces.

Conséquences pour la conservation

Les auteurs soulignent que ces découvertes pourraient aider à mieux concevoir les aires protégées et les corridors écologiques, en tenant compte non seulement de l’aménagement du territoire, mais aussi de la simple fréquentation humaine. « Il faut intégrer ces deux dimensions pour protéger efficacement la faune », conclut Ruth Oliver.