Une modeste bonne nouvelle pour le climat a été détournée de son sens par le président américain. Des climatologues du monde entier ont révisé à la baisse le scénario le plus extrême de réchauffement planétaire, sous l’effet de la croissance des énergies renouvelables. Donald Trump a aussitôt saisi cette actualité pour lancer une attaque contre la communauté scientifique, qu’il accuse d’avoir eu tort, une affirmation démentie par les faits.
Un scénario devenu « improbable »
Jusqu’à présent, le pire scénario de référence utilisé par les scientifiques et les décideurs prévoyait une hausse des températures mondiales pouvant atteindre 5 °C (9 °F) d’ici la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels. Ce scénario reposait sur l’hypothèse d’émissions de gaz à effet de serre les plus élevées possibles.
Mais dans un article publié en avril, un comité d’éminents experts du climat a jugé que ce scénario était devenu « improbable » et qu’il devait être révisé. Désormais, le pire cas envisagé est un réchauffement de 3,5 °C (un peu plus de 6 °F) en moyenne d’ici la fin du siècle. Les experts estiment également que la fourchette la plus probable, compte tenu des tendances réelles des émissions, se situe entre 2,5 °C et 3 °C de réchauffement.
Cette révision est principalement due à l’essor des énergies renouvelables, devenues plus abordables dans de nombreux pays. Elle ne signifie pas pour autant que le changement climatique n’est plus une menace : même à 2,5 °C, les conséquences seraient graves. Mais elle constitue un ajustement bienvenu des projections les plus alarmistes.
La réaction du président
Le week-end dernier, Donald Trump a commenté cette mise à jour scientifique. Dans des propos jugés trompeurs, il a laissé entendre que le nouveau scénario prouvait que les climatologues s’étaient fourvoyés depuis des années. Les experts rétorquent que la révision du scénario à la baisse ne remet pas en cause le consensus scientifique sur le réchauffement d’origine humaine ; elle reflète au contraire l’impact positif des politiques mises en œuvre pour développer les énergies propres.
Le président n’a pas précisé sur quelle plateforme il s’est exprimé, mais ses déclarations ont été largement relayées. Les scientifiques rappellent que le scénario le plus pessimiste n’était qu’une hypothèse parmi d’autres, et que son abandon n’invalide en rien les décennies de recherche sur le climat.
Un contexte politique tendu
Cette polémique intervient alors que l’administration Trump poursuit un agenda climatique marqué par le retrait des accords de Paris et la promotion des énergies fossiles. La révision du scénario extrême est présentée par certains détracteurs comme une tentative de minimiser l’urgence climatique. Les experts, de leur côté, insistent sur le fait que même le nouveau scénario « pire cas » de 3,5 °C reste bien au-dessus de l’objectif de l’accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement à 1,5 °C ou au maximum 2 °C.
Les énergies renouvelables ont connu une expansion rapide ces dernières années, notamment en Chine et en Europe, ce qui a contribué à faire baisser le coût du solaire et de l’éolien. Ce progrès technologique est le principal facteur qui a rendu le scénario d’émissions maximales moins plausible. Les scientifiques soulignent toutefois que sans des réductions supplémentaires et rapides des émissions, la planète reste sur une trajectoire dangereuse.
Ce que cela signifie pour l’avenir
La révision du scénario ne change pas les prévisions actuelles : selon les tendances réelles, un réchauffement de 2,5 à 3 °C est toujours attendu d’ici 2100, ce qui entraînerait des vagues de chaleur, des sécheresses, des inondations et une élévation du niveau de la mer. Les experts insistent sur le fait que la marge de manœuvre pour agir se réduit, mais que des progrès sont possibles si les investissements dans les énergies propres se poursuivent.
En résumé, la décision des scientifiques de réviser le scénario le plus pessimiste est une reconnaissance que le monde a commencé à changer sa trajectoire énergétique. Mais elle ne constitue en aucun cas une preuve que les alertes climatiques étaient infondées, contrairement à ce qu’a affirmé le président Trump.