La chancelière de l'Échiquier britannique, Rachel Reeves, a adressé une lettre à l'ensemble des ministres chargés d'un département budgétaire pour leur enjoindre de « acheter britannique » chaque fois que possible, exprimant son mécontentement face à ce qu'elle considère comme une tendance excessive à attribuer des contrats publics à des entreprises étrangères. Dans ce courrier, dont le contenu a été révélé lundi, elle identifie quatre secteurs stratégiques – la construction navale, la sidérurgie, l'énergie et l'intelligence artificielle – pour lesquels la priorité devra être accordée à des fournisseurs nationaux, au-delà du seul critère du coût.
La lettre de Rachel Reeves intervient dans un contexte de tensions au sein du Parti travailliste, où plusieurs responsables s'attendent à un changement de Premier ministre dans les mois à venir. La chancelière cherche ainsi à affirmer son autorité sur son parti. Des hauts fonctionnaires du Trésor et du Cabinet Office ont indiqué qu'ils allaient désormais superviser les milliards de livres de contrats dans ces quatre domaines et, le cas échéant, pourraient passer outre les décisions prises par les ministres sectoriels.
Cette initiative reflète une volonté de renforcer la souveraineté industrielle du Royaume-Uni dans des filières jugées critiques pour la sécurité nationale et la compétitivité économique. La construction navale, l'acier, l'énergie et l'IA sont perçus comme des piliers d'une stratégie de résilience, alors que le pays cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de fournisseurs extérieurs dans un environnement géopolitique incertain.
Les modalités précises de mise en œuvre de cette directive n'ont pas été détaillées dans la lettre, mais le Trésor et le Cabinet Office se sont engagés à suivre l'attribution des contrats et à intervenir si des ministres ne respectaient pas la consigne. Cette mesure pourrait concerner des marchés d'une valeur totale de plusieurs milliards de livres.
La démarche de Rachel Reeves s'inscrit dans une série d'initiatives visant à soutenir l'industrie britannique, après des années de déclin dans certains secteurs comme la sidérurgie. Le gouvernement avait déjà annoncé des investissements dans des sites comme British Steel à Scunthorpe, mais la chancelière estime que la commande publique doit davantage refléter la priorité nationale.
Aucune réaction officielle des ministres concernés n'a été rendue publique dans l'immédiat. Toutefois, la lettre pourrait susciter des débats au sein du gouvernement, certains départements ayant l'habitude de recourir à des fournisseurs étrangers pour des raisons de coût ou de disponibilité technique. La mise en œuvre effective de cette politique dépendra de la capacité du Trésor et du Cabinet Office à contrôler et, si nécessaire, à infirmer les choix ministériels.