Le gouvernement britannique dépense vingt-cinq fois plus en allocations pour les jeunes qu'en programmes d'aide à l'emploi, selon la première partie d'une revue gouvernementale sur l'inactivité des jeunes, dont la publication est attendue cette semaine. Alan Milburn, ancien ministre travailliste de la Santé et auteur de ce rapport, a qualifié cette situation de « honteuse ».

Près d'un million de jeunes exclus de l'emploi et des études

Selon les dernières données de l'Office national des statistiques (ONS) publiées en février, 957 000 jeunes âgés de 16 à 24 ans étaient sans emploi, sans formation ni études (Neet) au Royaume-Uni entre octobre et décembre 2025. Ce chiffre représente 12,8 % de cette tranche d'âge, le niveau le plus élevé depuis plus de dix ans. Plus de la moitié d'entre eux sont considérés comme économiquement inactifs, c'est-à-dire qu'ils ne recherchent pas activement un emploi.

Lors d'un entretien accordé à une émission politique, M. Milburn a expliqué que ce constat résulte d'un « échec généralisé » de l'État. « C'est un échec. C'est l'échec du système de protection sociale, mais aussi, je le regrette, du système scolaire, du système de formation professionnelle et du système de santé », a-t-il déclaré.

Un déséquilibre budgétaire flagrant

Le rapport révèle un déséquilibre majeur dans l'affectation des fonds publics. Pour chaque livre sterling dépensée par l'État dans des programmes d'accompagnement vers l'emploi destinés aux 16-24 ans, vingt-cinq livres sont consacrées au versement de prestations sociales (allocations chômage, revenu universel, prestations d'invalidité, etc.). Les calculs de M. Milburn portent sur les dépenses du ministère du Travail et des Retraites (Department for Work and Pensions) et de Jobcentre Plus pour les programmes d'emploi, comparées aux dépenses pour les principales prestations comme l'Universal Credit, le Jobseeker's Allowance, le Personal Independence Payment (Pip) et le Disability Living Allowance. La méthodologie complète sera détaillée dans le rapport à venir.

Pour Alan Milburn, ce déséquilibre est intenable : « Nous ne donnons pas la priorité au fait de permettre aux jeunes d'apprendre ou de gagner leur vie, et à la place nous les orientons vers le monde des allocations, avec des conséquences incalculables pour leurs perspectives de vie. »

Un appel à une « remise à zéro » du système

La première partie du rapport, publiée cette semaine, se concentre sur le diagnostic. Les principales recommandations pour remédier à la situation seront présentées plus tard dans l'année. M. Milburn a néanmoins déjà esquissé les grandes lignes de ce qu'il estime nécessaire : une « remise à zéro du système » incluant une réforme de la protection sociale.

Interpellé sur les réticences au sein du Parti travailliste concernant une telle réforme, il a déclaré : « Le Labour, c'est ce qui est écrit sur l'étiquette. C'est le parti du travail. Le travail donne un but. Le travail donne un revenu. Le travail donne un sens. » Il a ajouté que la réforme de la protection sociale est « absolument essentielle et doit être menée », mais qu'elle doit s'inscrire dans un ensemble plus large de réformes des institutions publiques.

Santé mentale et disparition des premiers emplois

Le rapport reconnaît que la hausse des problèmes de santé mentale chez les jeunes est réelle et constitue un obstacle à l'emploi. Toutefois, M. Milburn estime que ces diagnostics ne doivent pas conduire à dispenser les jeunes d'une attente ou d'un encouragement à intégrer le monde professionnel.

Il a également souligné la raréfaction des emplois à temps partiel pour les jeunes, ces « premiers échelons » qui permettaient autrefois d'acquérir de l'expérience. « Les emplois de premier niveau disparaissent, les emplois qui vous permettaient d'accéder au premier barreau de l'échelle ont disparu », a-t-il affirmé, citant son propre exemple : renvoyé de sa tournée de journaux à l'âge de 13 ans parce qu'il n'arrivait pas à se lever le matin. « Effort et récompense, il y a quelque chose là-dedans », a-t-il commenté, notant que le nombre de jeunes en emploi n'a cessé de baisser depuis environ vingt-cinq ans.

M. Milburn a rapporté que certains jeunes envoient des dizaines, voire des centaines de candidatures sans obtenir la moindre réponse. James Reed, directeur général du groupe de recrutement Reed, a qualifié ce silence de « mauvais comportement ». Il a également plaidé pour que la chancelière de l'Échiquier, Rachel Reeves, supprime la hausse de 1,2 % des cotisations patronales d'assurance nationale, estimant qu'elle rend l'embauche « plus chère et plus difficile pour les employeurs ».

Un enjeu politique et social majeur

Cette revue a été commandée par le gouvernement pour tenter de comprendre pourquoi le nombre de jeunes Neet a atteint un sommet depuis plus d'une décennie. Les chiffres de l'ONS montrent une tendance préoccupante qui interroge l'efficacité des politiques publiques actuelles. Les conclusions de M. Milburn pourraient alimenter les débats sur une éventuelle refonte du système de protection sociale, un sujet sensible au sein de la majorité travailliste.

Le rapport complet, avec ses recommandations, est attendu dans les prochains mois. Il devra notamment concilier la nécessité de maîtriser les dépenses publiques, la volonté de favoriser le retour à l'emploi et la prise en compte des fragilités croissantes des jeunes générations.