Les autorités sanitaires de la République démocratique du Congo (RDC) ont annoncé que le nombre de cas suspects d’Ebola avait dépassé la barre des 900 dans l’est du pays, une région déjà fragilisée par des décennies de conflits. Le ministère de la Communication a indiqué, dans un message publié dimanche 24 mai 2026, que 904 cas suspects et 119 décès suspects étaient recensés. Ce chiffre marque une augmentation significative par rapport aux précédents bilans, qui faisaient état de plus de 700 cas suspects et de plus de 170 décès suspects, essentiellement concentrés dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie.

Une situation « très risquée » selon l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié la flambée de « risque très élevé » pour la RDC, tout en estimant que le danger de propagation à l’échelle mondiale demeurait faible. L’épidémie a été déclarée urgence de santé publique de portée internationale, ce qui implique une mobilisation accrue des acteurs internationaux, mais les obstacles sur le terrain restent considérables.

Des attaques contre les centres de traitement

Les équipes de soins sont confrontées à une hostilité croissante. Deux centres de traitement Ebola ont été la cible d’incendies criminels la semaine dernière, dans deux localités de l’est du pays. Ces actes traduisent la colère et la méfiance d’une population éprouvée par des années de violences perpétrées par des groupes armés rebelles, des déplacements massifs de populations, la défaillance des autorités locales et des coupes drastiques dans l’aide internationale. Selon des experts, ces réductions budgétaires ont privé les communautés vulnérables de structures de santé déjà fragiles, aggravant la crise sanitaire.

Un contexte sécuritaire et humanitaire dégradé

L’est de la RDC est en proie à une insécurité chronique liée à la présence de nombreux groupes armés, ce qui entrave l’accès des soignants aux zones touchées et complique la traque des contacts des malades. La défiance envers les autorités et les personnels médicaux, alimentée par des rumeurs et des informations erronées, conduit parfois à des actes de violence directe. Par ailleurs, les pénuries de matériel médical, de personnel formé et de moyens logistiques limitent la capacité de riposte.

Un défi pour la réponse sanitaire

Face à cette situation, les autorités congolaises et leurs partenaires tentent de renforcer la surveillance épidémiologique, la vaccination des personnes contacts et l’isolement des cas suspects. Cependant, les attaques contre les infrastructures de santé risquent de freiner ces efforts. L’OMS et d’autres organisations appellent à un cessez-le-feu humanitaire dans les zones affectées pour permettre aux équipes d’intervenir en toute sécurité, mais les violences persistent.

L’épidémie actuelle, la plus grave depuis celle de 2018-2020 qui avait fait plus de 2 200 morts, illustre la difficulté de lutter contre Ebola dans un contexte de conflit armé et de défiance communautaire. Les experts soulignent que sans un accès sûr et constant aux patients, et sans un renforcement des capacités locales, l’endiguement de la maladie pourrait prendre des mois.