La police tchèque a libéré un évêque orthodoxe russe arrêté pour suspicion de possession de stupéfiants, après que Moscou a dénoncé une « provocation » politique. L'évêque Hilarion – de son nom civil Grigori Alfeyev – a été interpellé dimanche dans la station thermale de Karlovy Vary, prisée des touristes russes, lorsque des agents ont découvert des récipients contenant une substance blanche dans le coffre de sa voiture.

Selon un communiqué publié mardi après sa libération sans inculpation, l'évêque a indiqué que les analyses de laboratoire avaient confirmé la nature stupéfiante de la substance, mais il a catégoriquement nié toute implication personnelle. « La simple découverte d'une substance interdite ne répond pas à la question clé : comment ces objets ont-ils atterri dans le véhicule ? » a-t-il écrit sur Telegram.

Arrestation sur la base d'un signalement anonyme

La direction nationale de la lutte contre les stupéfiants tchèque avait précisé que le véhicule de l'évêque avait été arrêté après un appel anonyme signalant le transport de substances narcotiques et psychotropes. Cette circonstance alimente les soupçons d'une éventuelle manœuvre destinée à nuire au prélat.

Âgé de 60 ans, Hilarion dirige la congrégation orthodoxe russe de Karlovy Vary, une localité qui abrite une importante diaspora russe. Il est également une figure bien connue au sein de l'Église orthodoxe russe, ayant longtemps occupé des responsabilités œcuméniques avant d'être écarté en 2022, peu après l'invasion de l'Ukraine.

Moscou dénonce une « provocation »

Le ministère russe des Affaires étrangères a immédiatement réagi en qualifiant l'arrestation de « coup monté » à motivation politique. Cette affaire intervient dans un contexte de fortes tensions entre la République tchèque et la Russie depuis 2021, lorsque Prague a expulsé des diplomates russes accusés d'être impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions en 2014. Les relations bilatérales se sont encore détériorées après l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, la Tchéquie étant l'un des plus fervents soutiens européens de Kyiv.

L'évêque Hilarion, qui avait participé en février 2022 à une cérémonie de remise de prix présidée par le président Vladimir Poutine au Kremlin, incarne pour les autorités russes une figure ecclésiastique loyale. Sa mise en cause dans une affaire de drogue est perçue par Moscou comme une tentative de discréditer l'Église orthodoxe russe et ses représentants à l'étranger.

Implications diplomatiques

Bien que libéré sans charge, cet incident risque de renforcer les tensions entre Prague et Moscou. La Russie a déjà menacé de représailles, sans précision pour l'instant. De son côté, l'évêque Hilarion a annoncé son intention de coopérer pleinement avec la justice tchèque pour établir son innocence, tout en réaffirmant n'avoir « aucun lien avec les substances en question ».

Cette affaire survient alors que plusieurs pays européens ont récemment expulsé des diplomates russes pour espionnage présumé, et que l'Église orthodoxe russe est accusée par Kyiv de soutenir l'offensive militaire russe en Ukraine. La position de Prague, qui a fermé le consulat russe à Karlovy Vary en 2022, montre que la ville n'est plus le havre apaisé pour la communauté russe qu'elle fut par le passé.