La revalorisation du Smic, effective au 1er juin, a mis en lumière une situation inédite : sept branches professionnelles sur dix proposent désormais un salaire d’entrée inférieur au salaire minimum légal. Selon les données communiquées par le ministère du Travail, ces branches doivent engager des discussions avec les partenaires sociaux dans un délai de 45 jours afin de mettre leurs grilles en conformité.
Le Smic augmente de 2,41 % ce lundi, soit une hausse d’un peu moins de 35 euros net par mois pour un salarié à temps plein. Cette progression, mécanique car indexée sur l’inflation, a pour conséquence de faire passer le minimum légal au-dessus des premiers échelons de nombreuses conventions collectives. Le ministère a précisé que cette situation concerne 70 % des branches, un chiffre qui traduit l’ampleur du décalage entre les grilles conventionnelles et le niveau du Smic.
Un délai de 45 jours pour négocier
Les branches concernées sont invitées à ouvrir sans tarder des négociations avec les syndicats et les organisations patronales. L’objectif est de relever les minimas conventionnels afin qu’ils atteignent au moins le nouveau Smic. À défaut d’accord dans les 45 jours, la loi prévoit que la grille salariale devra être révisée unilatéralement par l’employeur ou par extension d’un accord de branche. Le gouvernement a rappelé que le respect du Smic est une obligation légale et que tout salaire inférieur est prohibé.
Des secteurs très diversement touchés
Parmi les branches où le salaire d’entrée est inférieur au Smic figurent notamment celles des services à la personne, de l’hôtellerie-restauration, du nettoyage ou encore du commerce de détail. Ces secteurs emploient souvent une main-d’œuvre peu qualifiée et fortement féminisée, ce qui accentue les enjeux sociaux de la situation. Certaines branches avaient déjà anticipé la hausse en relevant leurs grilles, mais la majorité reste en retard.
Un impact sur le pouvoir d’achat
La revalorisation du Smic intervient dans un contexte de forte inflation, qui a érodé le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes. Le gain net mensuel de 35 euros représente une augmentation modeste mais attendue. Toutefois, le fait que 70 % des branches aient des grilles en dessous du nouveau seuil signifie que de nombreux salariés bénéficient déjà du Smic, mais que les conventions collectives ne suivent pas le rythme des revalorisations légales.
Un appel à la responsabilité des partenaires sociaux
Le ministère du Travail a souligné l’importance d’une négociation rapide pour éviter des distorsions de concurrence entre entreprises et garantir une rémunération équitable. Les syndicats ont salué la hausse du Smic mais dénoncent le retard des branches, qu’ils attribuent à la faiblesse du dialogue social dans certains secteurs. De leur côté, les organisations patronales estiment que le délai de 45 jours est court et appellent à une certaine souplesse dans la mise en conformité.
Quelles conséquences pour les salariés ?
Pour les salariés rémunérés au Smic, la revalorisation est automatique et s’applique sans attendre les négociations de branche. Ceux qui se situent juste au-dessus du Smic pourraient voir leur salaire gelé si leur grille n’est pas relevée, ce qui pourrait créer un « tassement » des rémunérations. Les branches qui ne se mettraient pas à jour s’exposent à des contentieux prud’homaux.
La situation illustre les limites du système de fixation des salaires minimums par branches en France, où le Smic, revalorisé chaque année, peut dépasser les minimas conventionnels. Le gouvernement suit l’évolution des négociations et pourrait prendre des mesures si les retards persistent.