Le gouvernement britannique a annoncé son intention de ne pas suivre la voie australienne en imposant une interdiction générale des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Selon des sources officielles, le Royaume-Uni préfère s’attaquer directement aux fonctionnalités « addictives » qui, selon les experts, nuisent à la santé mentale des jeunes.
L’approche retenue consisterait à légiférer pour obliger les plateformes à supprimer ou à désactiver par défaut les mécanismes conçus pour maximiser le temps passé sur l’application : algorithmes de recommandation sans limite, notifications incessantes, lecture automatique de vidéos, « likes » et autres indicateurs de popularité. Cette régulation s’inscrirait dans le cadre plus large de la loi sur la sécurité en ligne (Online Safety Act), déjà en vigueur, mais qui serait renforcée par des codes de conduite spécifiques à l’intention des mineurs.
Les autorités sanitaires britanniques ont multiplié les études ces dernières années pointant un lien entre l’usage intensif des réseaux sociaux et la détérioration du bien-être psychologique des adolescents – anxiété, dépression, troubles du sommeil, image corporelle négative. Cependant, le gouvernement a estimé qu’une interdiction pure et simple, telle que celle adoptée par l’Australie, serait difficile à mettre en œuvre techniquement, pourrait être contournée facilement via des VPN ou des comptes falsifiés, et soulèverait des questions de proportionnalité et de liberté d’expression.
Un consensus politique en construction
Des discussions ont eu lieu avec des associations de protection de l’enfance, des représentants de l’industrie technologique et des experts juridiques. Si la plupart des acteurs s’accordent sur la nécessité d’agir, le choix des outils divise. Plusieurs députés conservateurs et travaillistes se sont prononcés en faveur d’une interdiction complète, jugeant les mesures d’atténuation insuffisantes face à la puissance des algorithmes.
De leur côté, les géants de la tech – Meta, TikTok, Snap, YouTube – ont plaidé pour une autorégulation renforcée, proposant des outils parentaux améliorés et des limitations d’âge déjà existantes mais peu respectées. Certaines sources évoquent la piste d’une vérification d’âge obligatoire via une pièce d’identité ou un système de « fédération d’identité » – sans que cela soit encore formellement acté.
Un calendrier encore flou
Aucune date précise n’a été donnée pour le dépôt d’un projet de loi. Le gouvernement a simplement indiqué qu’une consultation publique serait lancée « dans les prochaines semaines », avant une éventuelle présentation au Parlement à l’automne. Des sources proches du dossier précisent que la priorité est de faire aboutir le texte avant la prochaine échéance électorale, mais sans garantie.
En attendant, la pression de l’opinion publique et des familles reste forte, tandis que plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, examinent également des législations similaires. Le Royaume-Uni, qui a quitté l’Union européenne, pourrait ainsi devenir un cas test pour une régulation ciblée, sans interdiction totale, mais avec des obligations techniques contraignantes pour les plateformes.