Plus d’un million de personnes au Royaume-Uni exercent désormais un deuxième emploi, selon les données de l’Office national des statistiques (ONS). Ce chiffre, qui s’établit à environ 1,3 million de travailleurs, marque un repli par rapport au record de 1,35 million enregistré en 2025, mais témoigne d’une tendance de fond : la multiplication des « side hustles » – activités rémunérées complémentaires – face à l’inflation, à la stagnation des salaires et à la transformation rapide des métiers.

Billy-Jo Pierce, 29 ans, originaire de Birmingham et installée à Bristol, illustre cette réalité. Elle cumule jusqu’à six activités – pose de bijoux dentaires, travail en réception, service en bar, missions lors de festivals et vente de vêtements en ligne – pour un total de 50 à 60 heures hebdomadaires. « Je vis en mode survie », confie-t-elle, décrivant un rythme épuisant qui laisse peu de place à la vie sociale. « Le burn-out est réel. » Installée dans un van pour réduire ses dépenses, elle constate que, malgré son investissement, l’accès à la propriété reste hors de portée. « Je travaille énormément et je ne gagne toujours pas un salaire mensuel décent pour approcher l’achat d’une maison », regrette-t-elle.

Les données de l’ONS révèlent un double mouvement : le taux de chômage a récemment atteint 5 %, tandis que le nombre d’offres d’emploi a chuté à son plus bas niveau en cinq ans. Parallèlement, l’économie dite « gig » – travail à la tâche ou indépendant – s’est considérablement développée. Près de cinq millions de personnes y participent aujourd’hui, que ce soit via la livraison de repas, le design indépendant, le nettoyage, la promenade de chiens ou la revente de vêtements. Toutefois, seul un cinquième d’entre elles en fait son revenu principal. Les chercheurs notent que la hausse du chômage pousse mécaniquement davantage de travailleurs vers ces formes d’emploi précaires.

Un sentiment d’insécurité partagé

Pour Engy Elboreini, graphiste indépendante à Bristol, le basculement est venu des mutations technologiques. « Les deux dernières années ont été mes pires années de travail », témoigne-t-elle. « Des outils comme l’IA et Canva, devenus très accessibles à ma clientèle, font qu’ils réalisent désormais une grande partie du travail eux-mêmes. » Face à cette érosion de la demande pour les compétences traditionnelles de design, la jeune femme de 35 ans a diversifié ses activités : elle enchaîne des missions de production créative et de coordination, tout en se formant à la gestion d’événements. « Quand il y a pénurie, en tant qu’humains, nous trouvons des solutions », explique-t-elle. « Surtout si vous êtes créatif – vous trouverez toujours des solutions. »

Les experts observent que le phénomène ne relève pas seulement d’un choix entrepreneurial, mais traduit une fragilisation structurelle du marché du travail. « Les personnes prennent un second emploi principalement parce qu’un seul revenu ne suffit plus », analyse le Dr Emily Beaumont, professeure associée en entrepreneuriat à l’Université de Gloucestershire. « La montée des “side hustles” nous dit que l’économie devient plus fragmentée et que le risque est transféré sur les individus. »

Des coûts en hausse dans tous les secteurs

Dans le secteur de la beauté, une étude publiée par Professional Beauty indique que les coûts matériels ont augmenté de plus de 90 % au cours de la dernière décennie. Billy-Jo Pierce, dont l’activité principale est la pose de bijoux dentaires, subit directement cette pression. « Le coût de la vie est tellement élevé qu’il m’est impossible de survivre avec un seul revenu », dit-elle. « C’est devenu la norme de travailler plusieurs jobs. Il y a définitivement quelque chose de dysfonctionnel dans ce qui se passe actuellement. »

Le cumul d’emplois n’est plus un phénomène marginal au Royaume-Uni. Il concerne désormais plus d’un million de personnes, principalement des jeunes travailleurs et des indépendants, et illustre les effets combinés de l’inflation, de la précarisation des contrats et des bouleversements technologiques. Sans perspective immédiate de redressement, le « mode survie » risque de devenir la nouvelle norme pour une partie toujours plus large de la population active.