Alors que la consultation publique lancée par le gouvernement britannique sur la sécurité en ligne des enfants touche à sa fin, les appels se multiplient pour une action ferme contre les réseaux sociaux. Prévue pour se clore mardi soir, cette consultation doit aboutir à des restrictions sur les fonctionnalités dites « addictives » – comme le défilement infini –, voire à une interdiction pure et simple des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, sur le modèle australien.
Un consensus autour de la nécessité d'agir
Parmi les voix les plus marquantes, celle d'Ian Russell, père de Molly Russell, 14 ans, décédée après avoir été exposée à des contenus liés au suicide et à l'automutilation sur les réseaux sociaux. Il qualifie la situation actuelle de « tsunami de préjudices » et demande au gouvernement de ne pas reculer. « Les plateformes ont eu des années pour agir, elles ne l'ont pas fait. Il est temps que l'État prenne ses responsabilités », déclare-t-il. Il soutient l'idée d'une interdiction pour les moins de 16 ans, mais insiste sur la nécessité d'accompagner cette mesure d'une éducation au numérique.
Des adolescent·es partagé·es
Plusieurs jeunes consultés par les autorités expriment des avis nuancés. Peaches Timms, 16 ans, estime que les réseaux sociaux ont « des côtés positifs » mais reconnaît qu'ils peuvent devenir « une source d'anxiété permanente ». Elle plaide pour un meilleur contrôle parental et des paramètres de confidentialité renforcés plutôt qu'une interdiction générale, qui risquerait de « pousser les jeunes vers des espaces non régulés ». D'autres adolescent·es interrogé·es se disent favorables à des limites de temps imposées par les plateformes.
Les expert·es divisé·es sur la méthode
La cyberpsychologue Mary Aiken, spécialiste de l'impact du numérique sur les enfants, estime que l'interdiction pure n'est pas la solution miracle. « Ce qui compte, c'est la conception même des applications. Les algorithmes qui poussent du contenu nocif doivent être remis en cause », explique-t-elle. Elle recommande de s'inspirer des régulations sur les jeux d'argent pour imposer des « limites de temps obligatoires » et des interruptions forcées.
À l'inverse, l'organisation NSPCC (Société nationale de protection des enfants contre la cruauté) appelle à une action rapide. Sa responsable des politiques de sécurité en ligne, Katie Scoffield, déclare : « Les plateformes ont profité de l'absence de règles pendant des années. Une interdiction des fonctionnalités addictives est un minimum, mais il faut aller plus loin. » Le groupe de campagne 5Rights Foundation, qui défend les droits numériques des enfants, propose un « devoir de vigilance » renforcé pour les plateformes, assorti de sanctions financières dissuasives.
Des parlementaires divisé·es
À Westminster, le débat est vif. La députée conservatrice Miriam Cates, membre de la commission parlementaire sur la sécurité en ligne, est favorable à une interdiction complète pour les moins de 16 ans. « Les preuves sont accablantes : les réseaux sociaux nuisent à la santé mentale de nos enfants. Il faut une loi claire », affirme-t-elle. En revanche, la députée travailliste Rosie Duffield est plus prudente : « Une interdiction brutale pourrait être contre-productive. Mieux vaut imposer des règles strictes sur la conception des applications et renforcer l'éducation numérique. »
Josh MacAlister, ancien enseignant et député travailliste, propose une « solution hybride » : interdire les algorithmes de recommandation pour les mineurs tout en maintenant un accès limité aux messageries et aux groupes d'intérêt. « Il faut distinguer ce qui est utile de ce qui est addictif », souligne-t-il.
Un gouvernement sous pression
Le gouvernement, qui a déjà adopté le Online Safety Act (loi sur la sécurité en ligne), promet d'annoncer rapidement ses décisions. Le Premier ministre a affirmé que « la protection des enfants est une priorité absolue ». Des sources proches du dossier indiquent qu'une annonce pourrait intervenir dans les semaines suivant la fin de la consultation. Plusieurs options sont sur la table : une interdiction pure et simple, des limites de temps obligatoires, ou l'interdiction des fonctionnalités conçues pour maximiser le temps passé sur les applications.
En cas d'interdiction, le Royaume-Uni rejoindrait l'Australie, qui a adopté une mesure similaire en 2024. Mais des critiques évoquent les difficultés techniques de mise en œuvre – vérification de l'âge, contournement par les VPN – ainsi que les risques de stigmatisation des jeunes. Le débat promet d'être intense avant la décision finale.