Ousmane Sonko a été élu président de l'Assemblée nationale du Sénégal le 26 mai, quatre jours seulement après son limogeage du poste de Premier ministre. Cette élection, largement acquise grâce à la majorité de son parti Pastef (130 sièges sur 165), marque un retour en force de l'ancien chef du gouvernement.

La séance a été boycottée par l'opposition, qui dénonce « un coup d'État constitutionnel ». Sonko a été longuement applaudi par les députés de son camp. Il succède à El Malick Ndiaye, qui avait démissionné dimanche.

Dans son discours après son installation au perchoir, Sonko a promis en langue wolof de ne pas utiliser son poste pour « organiser le chaos institutionnel » ou créer une crise. Mais il a prévenu que l'Assemblée nationale ne serait pas « une chambre d'enregistrement » et qu'elle userait « de manière responsable de tous les leviers de contre-pouvoirs ». Il a estimé que dans toute démocratie, l'exécutif doit se concerter avec la majorité parlementaire avant de nommer un gouvernement.

Contexte d'une rupture politique

Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 en raison d'une condamnation pour diffamation, avait désigné son bras droit Bassirou Diomaye Faye comme candidat de substitution. Mais des divergences sont apparues entre les deux hommes, notamment sur la gestion de la dette publique (132 % du PIB) et la question du franc CFA, deux points que Sonko a réaffirmés mardi en reconnaissant néanmoins des qualités à son successeur.

Le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, a été nommé lundi par le président Faye avec pour mission de former un gouvernement « dans les plus brefs délais ». Sonko a salué cette nomination tout en réitérant leurs divergences.

Appels au dialogue et tensions

Le nouveau président de l'Assemblée a appelé à un dialogue entre l'exécutif et la majorité parlementaire, estimant que le président aurait dû consulter la majorité avant de nommer un Premier ministre. Il a déclaré que « l'exécutif ne peut pas nommer un gouvernement sans se concerter avec la majorité. C'est la majorité à l'Assemblée nationale qui doit gouverner ».

L'opposition, par la voix de la cheffe de ses députés Aïssata Tall Sall, a dénoncé un « coup d'État institutionnel » en préparation avec le « forcing que la majorité veut imposer ». Les députés de l'opposition ont boycotté la séance d'élection.

Implications pour la gouvernance

Avec Sonko à la tête de l'Assemblée nationale, le président Faye pourrait faire face à des difficultés pour faire passer ses réformes et gouverner, alors que le Sénégal est confronté à de graves difficultés économiques. Sonko devient la deuxième personnalité de l'État, ce qui pose la question de la capacité du chef de l'État à mettre en œuvre son programme. Cette situation inédite place le pays dans une configuration politique tendue, où le nouveau locuteur du Parlement se pose en garant de la morale publique et en contre-pouvoir face à l'exécutif.