Le Rassemblement national (RN) multiplie les tractations en vue des élections sénatoriales. Le parti d’extrême droite a indiqué, par la voix de son secrétaire départemental Christopher Szczurek, être en contact avec des élus issus des rangs de LR (Les Républicains) et du centre, qui « pourraient le rallier ». Interrogé sur la réalité de ces échanges, Christopher Szczurek a précisé : « Certains nous ont laissé savoir que si on est en situation de constituer un groupe, ils pourraient nous rallier. »
Ces déclarations interviennent alors que le RN cherche à accroître sa présence au Sénat, chambre traditionnellement dominée par la droite et le centre. Les sénatoriales, scrutin indirect qui se tient tous les six ans, voient s’affronter les grands électeurs – maires, conseillers départementaux et régionaux, députés – et offrent au RN une opportunité de peser sur la vie parlementaire.
Des contacts confirmés mais prudents
Christopher Szczurek n’a pas dévoilé l’identité des élus LR ou centristes avec lesquels ces échanges auraient eu lieu. Il a toutefois insisté sur le caractère informel des « contacts », évoquant des signaux envoyés par des élus qui se disent prêts à franchir le pas si le RN parvient à former un groupe autonome. « Ce ne sont pas encore des ralliements fermes, mais des discussions exploratoires », a-t-il tempéré.
Ces approches interviennent dans un contexte de recomposition politique. Les Républicains, affaiblis par les divisions internes et les défaites électorales successives, voient certains de leurs élus locaux regarder avec intérêt vers le RN. De leur côté, les centristes, souvent alliés de la majorité présidentielle, pourraient chercher à préserver leur ancrage local en cas de bascule.
Un enjeu stratégique pour le RN
Le RN, qui ne dispose actuellement d’aucun groupe au Sénat, ambitionne d’y faire son entrée en force. Pour y parvenir, le parti doit franchir le seuil minimal de dix sénateurs, condition indispensable pour former un groupe politique. Les municipales et départementales de 2020 et 2021 ont permis au RN de gagner des élus locaux, qui pourront voter comme grands électeurs.
Christopher Szczurek a souligné que la constitution d’un groupe serait « un événement politique majeur » et que le RN « travaille à le rendre possible ». Il a ajouté que les contacts noués avec des élus LR et centristes visaient à « élargir la base » du futur groupe, sans se limiter aux seuls cadres du parti.
Réactions et incertitudes
Du côté de LR, plusieurs responsables ont minimisé ces annonces, estimant que les ralliements évoqués relèvent davantage de « bruits de couloir » que d’une réalité politique tangible. Un cadre LR, sous couvert d’anonymat, a confié que « les grandes manœuvres n’ont pas encore commencé » et que « les élus locaux restent majoritairement attachés à leur famille politique d’origine ».
Les centristes, de leur côté, n’ont pas officiellement réagi. Certains élus de l’UDI (Union des démocrates et indépendants) et du MoDem interrogés par des médias locaux ont fait part de leur étonnement, tout en reconnaissant que la recomposition politique en cours pourrait « amener des surprises ».
Un pari risqué
L’ouverture affichée par le RN vers la droite et le centre n’est pas sans risque pour le parti. Si elle témoigne d’une stratégie de normalisation, elle expose aussi le RN à des accusations d’opportunisme. Les contacts avec des élus LR et centristes pourraient également fragiliser les alliances locales que le RN noue parfois avec d’autres forces politiques.
L’échéance des sénatoriales est fixée à septembre. D’ici là, le RN devra convaincre, au-delà des déclarations, pour transformer ces contacts en ralliements effectifs. La question de la constitution d’un groupe reste ouverte.