Une catastrophe toujours en cours

À Saint-Chamas, sur la rive de l'étang de Berre (Bouches-du-Rhône), 16 000 tonnes de déchets jonchent un hectare de garrigue depuis le gigantesque incendie qui a ravagé l'entrepôt de la société Recyclage concept 13 le 26 décembre 2021. Le feu n'a été maîtrisé que le 11 février 2022. Selon des informations livrées par le média local Marsactu, ce site pourrait avoir été un maillon d'un trafic de déchets entre l'Espagne et la France, toujours sous enquête judiciaire. Quatre ans et demi après le sinistre, seule la moitié des ordures a été évacuée. Le reste s'envole au gré du mistral, s'infiltre dans les sols à chaque pluie, et continue de menacer la santé des riverains et l'écosystème de l'étang de Berre.

Des polluants multiples et persistants

Une analyse de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), réalisée en avril 2022, a mis en évidence de graves dépassements des seuils réglementaires. L'antimoine, un métalloïde voisin de l'arsenic, dépasse la valeur limite dans 50 % des échantillons. Comme le souligne Christian Marquis, botaniste et coprésident du Collectif cistude, association environnementale locale, l'antimoine est toxique pour le foie, les reins et il est classé cancérigène. Le rapport de l'Ademe signale également la présence d'amiante provenant de plaques de fibrociment calcinées – les particules se dispersent avec le vent et la pluie – ainsi que d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et de polychlorobiphényles (PCB).

Des riverains et une association mobilisés

Laure Jaurès, animatrice en éducation à l'environnement pour l'association 8 vies pour la planète, est à l'origine d'un grand nettoyage citoyen. « On a rassemblé 28 personnes sur trois jours », raconte-t-elle. L'opération visait à ramasser les déchets plastiques que le mistral dépose entre la route départementale et la clôture du parc communal des Creuset, une zone naturelle. Elle s'inquiète que ces plastiques soient broyés par les engins de fauchage municipaux, transformés en microplastiques. Christian Marquis, du Collectif cistude, réclame sans relâche la sécurisation immédiate du site et sa dépollution complète. Il observe que la végétation elle-même trahit la pollution : des glaucières jaunes, plantes typiques des milieux très perturbés comme les terrils miniers, poussent dans les monticules d'ordures.

Des risques pour la santé et l'environnement

Les eaux d'extinction de l'incendie, contenues et traitées pendant six semaines par les pompiers, devaient éviter la contamination de la Touloubre, le petit fleuve qui se jette dans l'étang de Berre à 200 mètres du site. Mais désormais, ce sont les pluies qui lessivent les 16 000 tonnes de déchets restants, charriant vers la nappe phréatique et le fleuve un cocktail de substances dangereuses. L'antimoine, l'amiante, les HAP et les PCB sont connus pour leurs effets cancérigènes, perturbateurs endocriniens et neurotoxiques. Les habitants, notamment les enfants scolarisés à proximité, sont exposés par inhalation et ingestion de poussières contaminées.

L'absence de solution de l'État et de la métropole

Malgré les alertes répétées des associations et de la mairie de Saint-Chamas, ni l'État ni la métropole Aix-Marseille-Provence n'ont engagé de mesures de dépollution ou de sécurisation du site. Les pompiers avaient estimé le volume de déchets trente fois supérieur aux 1 000 m³ autorisés par la préfecture. Aujourd'hui, les arbres poussent sur les immondices, donnant l'illusion d'une banalisation de cette décharge à ciel ouvert. Les trains qui relient Marseille à Arles longent ce paysage désolé. La population locale craint qu'avec le temps, le scandale s'enterre avec les déchets, tandis que la pollution silencieuse continue de s'étendre.