Nouvelles révélations sur l’usage d’armes intermédiaires
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a réaffirmé ce mardi 26 mai, lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale, que la réponse des forces de l’ordre lors de la manifestation de Sainte-Soline, en mars 2023, était « appropriée ». Cette déclaration intervient alors que des informations récentes ont mis en lumière l’utilisation de tirs dits « tendus » – une technique consistant à viser directement une personne avec un lanceur de balles de défense (LBD) sans respecter les distances de sécurité réglementaires – par des gendarmes lors de ce rassemblement interdit.
Des règles d’engagement contestées
Selon des éléments rendus publics ces derniers jours, plusieurs tirs auraient été effectués dans des conditions contraires à la doctrine officielle d’emploi des LBD, qui interdit tout tir à bout portant ou « tendu » au-delà d’un certain angle. Ces pratiques, si elles sont avérées, pourraient constituer des fautes professionnelles graves et exposeraient les forces de l’ordre à des poursuites. Les révélations s’appuient notamment sur des analyses de vidéos et des témoignages de participants à la manifestation du 25 mars 2023, qui s’opposait à la construction de mégabassines dans les Deux-Sèvres.
La position du ministre
Interrogé par des députés sur ces allégations, Laurent Nuñez a refusé de remettre en cause le comportement des gendarmes mobiles déployés ce jour-là. « J’ai toute confiance dans le professionnalisme de nos forces de l’ordre, qui ont agi dans un cadre très contraint face à des violences d’une extrême gravité », a-t-il déclaré. Le ministre a également souligné que plusieurs enquêtes étaient en cours, tant judiciaires qu’administratives, et qu’il convenait d’attendre leurs conclusions avant tout jugement hâtif. Il a toutefois estimé que, dans l’ensemble, « la réponse apportée était proportionnée à la menace ».
Un contexte toujours sensible
La manifestation de Sainte-Soline, qui avait réuni plusieurs milliers de personnes, avait été marquée par de violents affrontements entre certains participants radicaux et les forces de l’ordre. Bilan officiel : des dizaines de blessés, dont plusieurs dans un état grave. Depuis, des associations de défense des droits humains et des partis d’opposition réclament une transparence totale sur les conditions d’engagement des gendarmes et l’utilisation des armes dites « intermédiaires ». Les révélations actuelles relancent le débat sur l’encadrement de ces technologies et la formation des forces de l’ordre.
Les réactions politiques
Plusieurs voix se sont élevées à gauche pour dénoncer un « mensonge d’État » et appeler à une commission d’enquête parlementaire. Le député écologiste Julien Bayou a qualifié les propos du ministre de « déni de réalité ». De l’autre côté de l’hémicycle, des élus de la majorité ont soutenu la position de Laurent Nuñez, rappelant que « les forces de l’ordre ne peuvent pas être systématiquement mises en cause sans preuve ».
Quelles suites ?
L’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) a été saisie d’une enquête interne sur ces faits, parallèlement à l’enquête judiciaire ouverte par le parquet de Poitiers. Aucun calendrier n’a été communiqué pour la publication des conclusions. En attendant, la controverse sur les méthodes employées à Sainte-Soline continue d’alimenter les tensions entre le gouvernement et les opposants aux mégabassines, qui promettent de nouvelles actions de désobéissance civile.