Plus de deux ans après les faits, l’enquête vidéo conjointe de Mediapart et Libération, publiée le 26 mai 2026, a permis d’identifier précisément le gendarme qui a blessé grièvement le militant Serge Duteuil-Graziani lors de la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) le 25 mars 2023.
Selon les deux médias, qui ont analysé plus de 150 heures d’images – enregistrements des gendarmes et rushes de journalistes – le tir de grenade lacrymogène ayant atteint Serge Duteuil-Graziani a été effectué depuis un véhicule blindé de la gendarmerie. Ce tir tendu, et non pas lobé comme le prévoient les règles d’usage, avait été confirmé par une expertise médico-légale. Le militant a été touché à la tête, plongé dans le coma et conserve de lourdes séquelles.
Ces révélations contredisent les conclusions du parquet de Rennes, qui avait classé sans suite l’enquête pour « violence par personne dépositaire de l’autorité publique » et « non-assistance à personne en danger » concernant quatre blessés graves – Serge Duteuil-Graziani, Mickaël Boulay ainsi que deux autres personnes dont les prénoms ont été modifiés par les médias. Le parquet affirmait alors qu’aucune investigation supplémentaire ne pouvait éclaircir les circonstances de ces tirs.
Cette identification intervient dans le sillage des enquêtes de Mediapart et Libération publiées en novembre 2025, qui avaient déjà révélé des images montrant des gendarmes effectuant des tirs tendus lors de la même manifestation. À la suite de ces précédentes publications, le procureur de la République avait ouvert une information judiciaire pour faire la lumière sur ces pratiques.
L’enquête vidéo désormais publiée apporte un élément clé en désignant le tireur et l’arme utilisée – un lance-grenade Cougar monté sur un véhicule blindé. Elle offre une chronologie précise des tirs et de leurs conséquences, détaillant l’origine du projectile qui a conduit aux graves blessures du militant.
Serge Duteuil-Graziani, aujourd’hui toujours en convalescence, avait témoigné en mai 2025 dans un entretien : « La police a reçu carte blanche », dénonçant l’absence d’enquête approfondie sur son cas. La nouvelle identification relance les questions sur le usage des armes dites intermédiaires lors des opérations de maintien de l’ordre et sur la transparence des investigations judiciaires.
L’affaire de Sainte-Soline, qui avait rassemblé plusieurs milliers de personnes contre le projet de réserves d’eau pour l’agriculture intensive, reste marquée par des violences et des blessés graves. Les autorités n’ont pas encore commenté ces dernières révélations.