Des affrontements ont opposé des manifestants et les forces de l'ordre samedi à Belgrade, alors qu'un mouvement étudiant appelait à la tenue d'élections législatives anticipées et à la fin du régime du président Aleksandar Vučić, au pouvoir depuis douze ans.

Selon des témoignages et des informations de presse, des dizaines de milliers de personnes ont participé au rassemblement, place Slavija. La majorité des manifestants arboraient des T-shirts portant le slogan « Les étudiants gagnent » ou brandissaient des drapeaux serbes et des banderoles aux noms de leurs villes. Si la manifestation principale s'est déroulée dans le calme, des groupes de jeunes se sont ensuite détachés et ont affronté la police, lançant des pétards, des pierres et des bouteilles. Les forces de l'ordre, déployées en tenue antiémeute, ont répliqué en faisant usage de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes, chargeant pour disperser les contestataires.

Un mouvement né après un drame ferroviaire

Ce mouvement de contestation a émergé il y a environ dix-huit mois, après l'effondrement du toit d'une gare ferroviaire récemment rénovée à Novi Sad, la deuxième ville du pays. Seize personnes avaient trouvé la mort dans cet accident, survenu en novembre 2024. La catastrophe, imputée à une mauvaise exécution des travaux et à un manque de contrôle, avait suscité une vive indignation dans l'opinion publique.

À la suite de ce drame, le Premier ministre de l'époque, Miloš Vučević, avait été contraint à la démission. Le président Vučić avait pour sa part lancé une répression contre le mouvement étudiant après que certaines manifestations ont tourné à la violence.

Des accusations de corruption et un recul démocratique

Les manifestants réclament des élections législatives anticipées, accusent le gouvernement de crime et de corruption, et exigent le retour de l'État de droit. Le président Vučić, que ses détracteurs accusent de concentrer les pouvoirs et de saper les contrepoids démocratiques, a évoqué la possibilité d'élections anticipées avant la fin de l'année. Parallèlement, ses partisans se sont rassemblés dans un campement établi dans un parc devant le palais présidentiel, dispositif que Vučić avait mis en place en mars 2025 pour faire écran aux contestataires.

La manifestation de samedi intervient dans un contexte de dégradation des libertés publiques. Le mois dernier, le haut responsable de l'élargissement de l'Union européenne avait averti que le recul démocratique de la Serbie sous Vučić pourrait lui coûter environ 1,5 milliard d'euros de fonds européens. Vendredi, la commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe a exprimé de sérieuses inquiétudes quant à la détérioration de la situation des droits humains dans le pays, soulignant l'augmentation des attaques contre les journalistes et les militants, ainsi que le rétrécissement de l'espace civique.

Précédent de mars 2025 et accusations d'arme sonique

La place Slavija avait déjà été le théâtre d'une immense manifestation antigouvernementale en mars 2025, qui avait rassemblé 300 000 personnes avant de se conclure dans des circonstances controversées. Lors de ce rassemblement, le gouvernement avait démenti avoir utilisé une arme sonique contre les manifestants, un démenti que des experts indépendants n'avaient pas pu confirmer pleinement.

Des tensions sur les transports

Les organisateurs de la manifestation ont accusé l'opérateur ferroviaire public d'avoir annulé des trains à destination et en provenance de Belgrade sous prétexte d'une alerte à la bombe, afin d'empêcher des personnes venues d'autres régions de Serbie de participer à la contestation.

La Serbie, officiellement candidate à l'adhésion à l'Union européenne, entretient des liens étroits avec la Russie et la Chine. Les médias proches du pouvoir et le président Vučić ont récemment durci leur rhétorique contre ses opposants, les qualifiant de terroristes et d'agents étrangers souhaitant détruire le pays.