Elon Musk prépare l’introduction en Bourse de SpaceX, prévue pour juin 2026 sur le Nasdaq. Le dossier, déposé le 20 mai 2026 auprès du gendarme boursier américain (SEC), révèle une structure inhabituelle : seuls 3,3 % des titres seront mis sur le marché, le reste demeurant détenu par les fondateurs et les premiers investisseurs. Cette « faible liquidité » (low float) pourrait fausser le mécanisme de découverte des prix et entraîner une cascade d’achats forcés de la part des fonds indiciels.
Une valorisation contestée SpaceX vise une valorisation initiale d’au moins 1 500 milliards de dollars, soit un ratio cours/chiffre d’affaires d’environ 80 fois ses revenus 2025 de 18,7 milliards de dollars. À titre de comparaison, Apple se négocie à 9 fois ses ventes, Microsoft à 13 fois et le pic de NVIDIA n’avait pas dépassé 30 fois. L’entreprise n’est pas rentable : elle a accusé une perte nette de 4,9 milliards de dollars en 2025 et de 4,3 milliards au seul premier trimestre 2026.
Les revenus proviennent de trois activités : Starlink (11,4 milliards de dollars), le segment lancement et satellites (4,1 milliards, non rentable) et xAI (3,2 milliards), qui a englouti 12,7 milliards de dollars en dépenses d’investissement en 2025 pour ses centres de données d’intelligence artificielle.
Des règles d’indice modifiées Le Nasdaq et Standard & Poor’s modifient actuellement leurs critères d’inclusion pour accélérer l’entrée de SpaceX dans les indices phares. Selon le prospectus, SpaceX pourrait intégrer le Nasdaq 100 dès le quinzième jour de cotation, puis le S&P 500 si sa capitalisation franchit les seuils requis. Les fonds indiciels qui répliquent ces indices — notamment ceux des plans d’épargne retraite britanniques, des ISA et des régimes professionnels — seraient alors contraints d’acheter des actions SpaceX au prix de marché, sans possibilité de se retirer.
Un risque pour les petits épargnants « Votre fonds de pension n’a pas d’option de sortie », résume une analyse du dossier. En raison de la très faible quantité de titres disponibles, la demande des fonds indiciels pourrait décupler mécaniquement le prix. Or, Elon Musk contrôle 85 % des droits de vote grâce à des actions de catégorie B surpondérées (10 voix par titre), tandis que le public n’achètera que des actions de catégorie A, sans pouvoir de décision.
Le plan de rémunération de Musk prévoit une acquisition de ses actions si la capitalisation boursière atteint 7 500 milliards de dollars et qu’une « colonie humaine permanente sur Mars » est établie. Cet objectif illustre l’ampleur de la hausse que les initiés espèrent voir financée par l’épargne forcée des fonds indiciels.
Quelles leçons pour les investisseurs ? L’introduction de SpaceX pourrait devenir la plus massive de l’histoire, dépassant les 29 milliards de dollars levés par Saudi Aramco en 2019. Mais les pertes récurrentes, la faible liquidité et la modification des règles d’indice soulèvent des questions sur la protection des épargnants passifs. Les autorités de régulation financière, tant américaines que britanniques, n’ont pas encore commenté ce dossier.