Un avertissement solennel de Bruxelles

Le commissaire européen chargé de la politique commerciale, Stéphane Séjourné, a alerté sur les risques de désintégration de l’Union européenne si les États membres ne parviennent pas à engager un « bras de fer » commercial avec la Chine. Dans des déclarations relayées ces derniers jours, il prévoit un « retour aux nations » en l’absence d’une position commune ferme face à Pékin. Cette mise en garde intervient alors que les tensions commerciales entre l’Europe et la Chine s’intensifient, notamment sur les subventions publiques et les surcapacités industrielles chinoises dans des secteurs clés comme les technologies vertes et les véhicules électriques.

Un appel à l’unité face à Pékin

Stéphane Séjourné estime que l’Union européenne doit « se donner les moyens d’engager un bras de fer » avec la Chine, faute de quoi chaque État membre reprendrait sa souveraineté commerciale, conduisant à un morcellement du marché unique. Il souligne que les pratiques commerciales chinoises, jugées déloyales par Bruxelles, menacent directement la compétitivité industrielle européenne. Le commissaire français insiste sur la nécessité de répondre collectivement, avec des instruments comme les droits de douane ou les enquêtes antisubventions, plutôt que de laisser chaque pays agir isolément.

Des propositions concrètes sur la table

Pour éviter cette fragmentation, Séjourné plaide pour un renforcement des outils de défense commerciale de l’Union. Il évoque notamment la mise en place de mécanismes de surveillance plus stricts sur les importations chinoises, ainsi que des négociations plus agressives pour obtenir une réciprocité d’accès aux marchés. Le commissaire rappelle que l’Europe a déjà ouvert des enquêtes sur les subventions accordées par Pékin à ses industries solaires et éoliennes, et qu’elle réfléchit à étendre ces mesures au secteur automobile.

Une position qui divise les Vingt-Sept

Cette ligne dure ne fait toutefois pas l’unanimité au sein de l’Union. Plusieurs États membres, notamment ceux du sud et de l’est de l’Europe, craignent des représailles chinoises qui pourraient affecter leurs exportations agricoles et leurs investissements. D’autres, comme l’Allemagne, traditionnellement prudente, hésitent à rompre un équilibre commercial qui leur est favorable dans certains secteurs. Stéphane Séjourné reconnaît ces divergences mais juge qu’une position molle serait « la pire des solutions » et ouvrirait la voie à un affaiblissement irréversible de l’Europe.

Le spectre d’une désunion ravivée

L’avertissement du commissaire intervient dans un contexte où la Chine a multiplié les gestes d’ouverture, comme l’annonce d’une réduction de ses droits de douane sur certains produits européens. Mais Bruxelles reste méfiante, estimant que ces concessions sont insuffisantes et ne compensent pas les déséquilibres structurels. Séjourné craint que, faute d’une réaction collective, les États membres ne finissent par négocier bilatéralement avec Pékin, ruinant la cohérence de la politique commerciale européenne.

Quelles conséquences pour l’avenir ?

Si les Européens ne parviennent pas à s’accorder sur une riposte, le scénario du « retour aux nations » pourrait se concrétiser, avec chaque pays cherchant à conclure ses propres accords avec la Chine. Cela affaiblirait non seulement le marché unique, mais aussi la capacité de l’Europe à peser dans les négociations commerciales mondiales. Stéphane Séjourné appelle donc à un sursaut collectif, estimant que l’enjeu dépasse la seule question commerciale : il s’agit de la survie du projet européen lui-même.