L'ancien magistrat Georges Fenech s'est exprimé sur le plateau de CNEWS ce lundi 25 mai 2026 pour déplorer les violences qui émaillent régulièrement les rencontres sportives en France, et plus largement les « festivités » publiques. Dans un constat pour le moins sévère, il a estimé que l'interdiction de ces rassemblements ne constitue qu'une mesure de court terme, faute d'un fonctionnement efficace de la justice.

« Tant que la justice ne fonctionnera pas, on devra se résigner à interdire des festivités », a-t-il regretté, prenant acte de la difficulté des pouvoirs publics à prévenir et à réprimer les débordements constatés en marge d'événements tels que les matches de football ou d'autres compétitions sportives. Pour Georges Fenech, la solution ne réside pas dans la multiplication des interdictions, mais dans une refonte en profondeur du système judiciaire afin de garantir une réponse pénale rapide et dissuasive.

Cette intervention intervient alors que la France est régulièrement secouée par des incidents violents lors de rencontres sportives ou de rassemblements populaires. Ces dernières semaines, plusieurs matches ont été entachés par des affrontements entre supporters ou des dégradations, conduisant les autorités à prendre des mesures de sécurité drastiques, voire à annuler ou reporter certaines rencontres. L'ancien magistrat, qui a présidé le tribunal de grande instance de Lyon et a été juge d'instruction antiterroriste, ne remet pas en cause la nécessité de protéger l'ordre public, mais il pointe du doigt l'inefficacité du système judiciaire qui, selon lui, ne parvient pas à dissuader les fauteurs de troubles.

Une analyse critique du système judiciaire

Georges Fenech a développé son analyse en soulignant que les interdictions, si elles peuvent sembler efficaces à court terme, ne règlent pas le problème de fond. « On se résigne à interdire parce que la justice n'est pas capable de traiter ces comportements de manière suffisamment rapide et ferme », a-t-il expliqué. Pour lui, la réponse judiciaire doit être réformée pour devenir un véritable outil de prévention et de dissuasion, et non un simple instrument de sanction a posteriori.

L'ancien magistrat a également évoqué la nécessité de renforcer les moyens alloués à la justice, notamment en termes de magistrats, de greffiers et d'équipements, afin de permettre un traitement plus rapide des dossiers liés aux violences lors des événements publics. Il a regretté que faute de ces moyens, les forces de l'ordre et les organisateurs d'événements se voient contraints de recourir à des mesures d'interdiction qui pénalisent l'ensemble des citoyens.

Un débat récurrent sur l'ordre public et les libertés

Les propos de Georges Fenech ravivent le débat sur l'équilibre entre la liberté de se rassembler et la nécessité de maintenir l'ordre public. En France, plusieurs villes ont déjà été amenées à interdire des matchs à risques ou des rassemblements festifs jugés susceptibles de dégénérer. Ces décisions sont souvent critiquées par les associations de supporters ou les organisateurs d'événements, qui y voient une atteinte aux libertés publiques. Cependant, les autorités justifient ces mesures par l'obligation de garantir la sécurité des personnes et des biens.

La déclaration de l'ancien magistrat, ce lundi 25 mai, remet en lumière cette tension. En pointant le dysfonctionnement de la justice comme cause profonde de ces interdictions, Georges Fenech déplace le débat sur le terrain de l'efficacité de l'institution judiciaire. Selon lui, si la justice était en mesure de punir rapidement et de manière exemplaire les auteurs de violences, il serait possible de revenir à une politique de gestion des foules moins restrictive.

Quelles perspectives pour la réforme de la justice ?

Les déclarations de l'ancien magistrat s'inscrivent dans un contexte où la question de la réforme de la justice est régulièrement évoquée par les pouvoirs publics. Plusieurs projets de loi ont été présentés ces dernières années, visant à simplifier les procédures, à accélérer les jugements ou à renforcer les moyens des tribunaux. Cependant, les résultats concrets tardent à se faire sentir sur le terrain, et les critiques sur la lenteur et l'inefficacité du système judiciaire restent récurrentes.

Georges Fenech, qui a également été député (apparenté UMP) et président de la mission d'information parlementaire sur les questions de sécurité et de justice, n'a pas manqué de rappeler que les solutions existent, mais qu'elles nécessitent une volonté politique forte et des investissements conséquents. La « résignation » à interdire les festivités qu'il déplore est pour lui le signe d'un abandon de la mission régalienne de l'État : garantir la sécurité par la justice.

Ce lundi, son intervention sur CNEWS a donc relancé le débat sur l'articulation entre sécurité, libertés et efficacité judiciaire, au moment où la France s'interroge sur la meilleure manière de gérer les grands rassemblements sportifs et populaires dans un climat social tendu.