Missouri Williams, autrice acclamée pour son premier roman The Doloriad – qui avait remporté le prestigieux Republic of Consciousness Prize –, revient avec The Vivisectors, un récit tout aussi sombre et extravagant. L'action se déroule dans une ville universitaire ancienne et anonyme, rapidement submergée par une végétation luxuriante : des avenues bordées de « colonnes orange de flammes et de bougainvillées violettes », des arches « dégoulinantes de glycine », l’inévitable « puanteur d’un magnolia lointain ». Une confrérie de jardiniers mystérieux tente de maîtriser ce chaos végétal, mais elle se heurte à un conflit amer avec les autorités universitaires. Des jeux de pouvoir s’engagent, tandis que la décadence gagne du terrain. L’atmosphère est lourde, l’été est brûlant, et la révolution semble dans l’air.

Un décor oppressant et une narratrice cynique

Cette toile de fond verdoyante confère au roman une aura inquiétante, à l’instar des œuvres récentes de Sophie Mackintosh ou Julia Armfield. Williams écrit toutefois avec une férocité ballardienne singulière, se complaisant dans le misérable et le lâche. Le cœur de l’intensité du roman réside dans sa narratrice, Agathe, une jeune femme d’un cynisme alarmant. Elle considère tous ceux qu’elle rencontre comme des cas tragiques, et sait que rien ne la sépare d’une même classification. Agathe est en train d’écrire un livre sur un meurtre local, un crime dont, comme elle l’explique, elle croit saisir la « justice commutative ». Ce travail l’amène à croiser Aksel, un historien universitaire, et Valentin, son ami.

Un triangle amoureux vicié

Très vite, Agathe comprend qu’elle préfère Valentin, mais c’est avec Aksel qu’elle entame une relation – un arrangement vide et sans passion. Tout au long du roman, elle assiste à ce qu’elle imagine être la dissolution de son intelligence et de ses principes. Le roman explore ainsi l’agonie d’être jeune et prétentieux, et de croire que l’on est capable de se tenir au-dessus du marasme tout en étant incapable d’agir. Les personnages sont décrits comme « superposés de manière grotesque », « décharnés et répugnants », mais aussi terriblement humains.

Un style maximaliste et dérangeant

Le style de The Vivisectors est gothiquement surchargé, foisonnant de métaphores et de descriptions viscérales. L’autrice manie l’excès avec une maîtrise certaine, créant une atmosphère de serre chaude étouffante. Certains passages sont d’une beauté brute, d’autres d’une laideur assumée. Le roman est qualifié de « vicieux, brillant et profondément dérangeant », et certains lecteurs pourraient être déstabilisés par sa « splendeur horrible ».

Un roman culte en devenir

Avec The Vivisectors, Missouri Williams confirme son statut d’autrice culte, capable de tordre les genres et les attentes. Le roman est à la fois une histoire d’amour tordue, une fable sur la décadence et un portrait acide de la jeunesse intellectuelle. Il séduira les amateurs de littérature exigeante et dérangeante, mais pourra en rebuter d’autres par son excès assumé.