Un contexte de profits record

TotalEnergies tient son assemblée générale ce vendredi 29 mai à Paris. Le conseil d'administration de la major pétrolière a proposé un dividende de 3,40 euros par action au titre de l'exercice 2025, en hausse de 5,6 % par rapport à l'exercice précédent. Selon des estimations, cette distribution pourrait représenter environ 7,5 milliards d'euros versés aux actionnaires. Cette générosité intervient dans un contexte de résultats financiers exceptionnels : le groupe a dégagé un bénéfice net de 4,96 milliards d'euros au premier trimestre 2026, soit une progression de 51 % sur un an.

Des appels à la taxation se multiplient

Ces chiffres suscitent un mécontentement croissant alors que le prix des carburants pèse lourdement sur le budget des ménages. Plusieurs organisations de la société civile, dont Attac, Avaaz, 350.org et Action Justice Climat Paris, ont annoncé une action de protestation programmée vendredi matin devant le siège du groupe. Le Parti communiste français a également appelé à un rassemblement à la mi-journée à La Défense.

Sur le plan politique, la députée de La France insoumise Aurélie Trouvé a qualifié le groupe de « grand profiteur de guerre ». De son côté, la députée écologiste Eva Sas a déposé une proposition de loi à l'Assemblée nationale le 14 avril visant à créer une contribution exceptionnelle de solidarité sur les superprofits des entreprises pétrolières et gazières.

Un large soutien dans l'opinion

Un sondage réalisé par Verian pour l'Institut Veblen indique que 75 % des Français jugent les bénéfices de TotalEnergies dérangeants ou inacceptables. Selon la même enquête, 70 % des personnes interrogées se déclarent favorables à une taxation des superprofits, et 73 % le sont même si ces profits sont déclarés à l'étranger. Par ailleurs, 76 % des sondés appellent à une initiative européenne en la matière.

Le front des économistes

Des économistes de renom soutiennent également cette revendication. Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, Thomas Piketty et Gabriel Zucman, lauréat de la médaille John Bates Clark, figurent parmi les signataires d'un appel lancé le 6 mai. Trente-trois économistes ont cosigné une tribune réclamant au Premier ministre Sébastien Lecornu une « contribution exceptionnelle sur les superprofits des pétroliers », dont les recettes seraient affectées à l'atténuation de la crise sociale et à la transition énergétique. Ils plaident aussi pour une coordination fiscale au niveau européen.

La notion de superprofit en débat

Raphaël Pradeau, d'Attac France, définit le superprofit comme « un profit exceptionnel, c'est-à-dire plus important que l'année précédente et qui ne s'explique pas par une innovation ou une quelconque activité de l'entreprise, mais par une rente ». Il ajoute que TotalEnergies profite actuellement de la hausse des cours du pétrole pour accroître ses marges, sans lien direct avec ses propres performances industrielles.

Des aides publiques pointées du doigt

Les critiques ne portent pas seulement sur les bénéfices. Selon Attac, l'entreprise aurait perçu au moins 400 millions d'euros d'aides publiques en 2024, ce qui alimente le sentiment d'une inégalité de traitement entre la collectivité et les actionnaires du groupe.