Flux touristique en forte hausse

Le Maroc intensifie sa politique touristique au Sahara occidental, territoire classé « non autonome » par les Nations unies et dont environ 80 % est administré par Rabat. Selon les données du ministère marocain du Tourisme, le nombre de visiteurs dans la zone sous contrôle marocain a bondi de plus de 50 % en sept ans, passant de 490 297 en 2019 à 743 133 en 2025. Cette progression est portée par l’ouverture de nouvelles liaisons aériennes directes.

Des compagnies comme Ryanair, Transavia France et Binter Canarias opèrent désormais des vols vers les villes de Dakhla et Laâyoune. Ryanair et Transavia France qualifient ces destinations de « marocaines », tandis que Binter Canarias, la compagnie publique des îles Canaries, les désigne comme appartenant au Sahara occidental. Interrogée, Transavia France a indiqué qu’elle « exploite des vols vers Dakhla conformément aux autorisations reçues des autorités ». Ryanair n’a pas répondu aux demandes de commentaire.

Des infrastructures touristiques en construction

Tom Ruck, un touriste britannique de 29 ans récemment revenu de Dakhla, décrit un secteur balbutiant : « On voit pas mal de complexes hôteliers en construction, mais ils étaient très, très vides. » Il précise avoir croisé « quelques autres touristes en vacances familiales d’été », mais que l’endroit « donnait nettement l’impression d’en être à ses débuts ». À son arrivée, il a reçu un tampon marocain sur son passeport et constaté que le drapeau marocain flottait dans toute la ville.

Des plateformes de réservation mises en cause

Les trois plus grandes plateformes internationales de réservation hôtelière — Expedia, Booking.com et Trivago — présentent les hébergements du Sahara occidental comme situés au Maroc. Booking.com a déclaré que si une région est « considérée comme contestée ou affectée par un conflit », la plateforme ajoute des informations pour « aider les voyageurs à faire un choix éclairé », en les invitant notamment à consulter les conseils aux voyageurs de leur gouvernement. Expedia a refusé de commenter, et Trivago n’a pas répondu aux sollicitations.

Sous la pression de groupes de campagne, Airbnb a cessé en 2024 de référencer les annonces du Sahara occidental comme étant au Maroc.

Des critiques sur le plan juridique

Erik Hagen, du groupe de surveillance Western Sahara Resource Watch, estime que les compagnies aériennes qui présentent le territoire comme marocain « contribuent à une distorsion du droit international et de la compréhension du public ». Il ajoute que cela soulève « de sérieuses questions sur la responsabilité des entreprises et leur devoir de diligence dans des territoires politiquement sensibles et illégalement occupés ».

Andrea Maria Pelliconi, experte en droit international des droits de l’homme à l’université de Southampton, estime que les compagnies aériennes et les sites de réservation « devraient distinguer le Sahara occidental comme un territoire ayant un statut différent de celui du Maroc ». Elle prévient que les entreprises qui ne feraient pas cette distinction « pourraient faire face à des poursuites non seulement pour violation du droit international et du droit à l’autodétermination des Sahraouis, mais aussi pour des questions de protection des consommateurs et de règles de concurrence loyale en vertu du droit européen ».

Contexte d’un vieux conflit

Le Sahara occidental est au cœur d’un différend de longue date entre le Maroc et le Front Polisario, soutenu par l’Algérie. L’ONU réclame depuis des décennies un référendum d’autodétermination, qui n’a jamais eu lieu. Le Maroc considère ce territoire comme ses « provinces du Sud » et y a investi massivement dans les infrastructures, y compris touristiques.

Le gouvernement marocain n’a pas répondu aux demandes de commentaire formulées par les médias.

Une ambiguïté persistante

Si le Royaume promeut le tourisme comme un levier de développement économique, les observateurs y voient une manœuvre destinée à normaliser son occupation aux yeux des visiteurs étrangers. La carte de la région montre une « berme » (mur de sable) érigée par le Maroc, séparant la zone sous son contrôle de celle administrée par le Polisario. Les voyageurs qui atterrissent à Dakhla ou Laâyoune foulent un sol dont le statut juridique reste contesté, même si les brochures publicitaires les invitent à une « aventure marocaine ».