Jusqu’en mai dernier, la trompettiste Robyn Steward n’avait jamais mis les pieds dans une boîte de nuit – mis à part quelques concerts donnés avec le duo lancastrien les Lovely Eggs à la salle Heaven de Londres, et quelques soirées universitaires dans une salle faisant office de réfectoire. Steward est autiste et vit avec plusieurs handicaps, dont une paralysie cérébrale. « Parfois, les stroboscopes peuvent déclencher des migraines chez moi, ou me donner une sensation d’écrasement, confie-t-elle. J’ai l’impression que mon corps est un peu perdu. »
Lorsqu’elle a voulu assister à un concert au club Fabric, à Londres, elle a demandé à une amie de l’accompagner comme aide-soignante. « J’ai été stupéfaite de voir à quel point c’était accessible », raconte-t-elle. Des détails subtils intègrent de multiples besoins d’accessibilité dans l’espace. « La mezzanine faisait que je n’avais pas les stroboscopes en pleine figure. Il y avait une rampe à laquelle je pouvais m’accrocher, et des sièges en face du balcon pour m’asseoir et regarder le concert. » Elle a également remarqué la piste de danse sensorielle récemment modernisée de Fabric, qui transforme délibérément le son en vibrations tactiles pour mieux servir les personnes malentendantes. « Je voyais bien que les lumières stroboscopiques fonctionnaient, mais je me sentais en sécurité », dit Steward.
Une soirée née d’une révélation
Cette expérience a été le déclic. Steward, qui joue de la trompette et dirige un projet musical, a décidé de créer sa propre soirée, baptisée Robyn’s Rocket, entièrement pensée pour les personnes neuroatypiques – autistes, TDAH, hypersensibles, etc. Le thème spatial (« rocket ») évoque un voyage cosmique, mais aussi un espace hors du temps où chacun peut être soi-même. « Tout le monde est égal dans cet espace », résume-t-elle.
La soirée se déroule à Fabric, club emblématique de la capitale britannique, et mise sur une ambiance apaisée : lumières tamisées, absence de stroboscopes agressifs, zones de calme, personnel formé aux besoins spécifiques, et une piste de danse sensorielle qui transmet la musique par les vibrations. Steward elle-même se produit parfois à la trompette lors de ces nuits, vêtue d’une veste rouge et d’un bonnet violet.
Un modèle d’inclusion en expansion
Robyn’s Rocket s’inscrit dans un mouvement plus large de clubs et festivals qui repensent l’expérience nocturne pour la rendre accessible. L’initiative a été saluée par des associations de défense des droits des personnes autistes, qui y voient un exemple de « conception universelle » appliquée au monde de la nuit. Pour Steward, l’objectif est double : permettre aux personnes neuroatypiques de profiter de la vie nocturne sans angoisse, et sensibiliser le grand public à ces besoins.
« Beaucoup de gens pensent que les clubs ne sont pas faits pour nous, mais ce n’est pas vrai, souligne-t-elle. Il suffit de quelques ajustements réfléchis pour que tout le monde se sente bienvenu. » La soirée, qui a déjà attiré un public varié, pourrait inspirer d’autres lieux à Londres et au-delà.
Une photothèque de l’inclusion
Les images de Robyn’s Rocket montrent une foule baignée dans une lumière rose, Steward souriante entourée de participants. Le photographe Siân O’Connor a immortalisé ces moments, illustrant la joie et la liberté retrouvée. Les organisateurs espèrent que le concept pourra essaimer dans d’autres villes, voire à l’international.
« Quand je joue, je regarde le public et je vois des gens qui dansent comme ils ne l’ont jamais fait, ou qui restent assis et écoutent simplement sans stress, confie Steward. C’est exactement ce que je voulais : un espace où chacun trouve sa place. »