En portant plainte pour viol contre le chanteur Patrick Bruel, l’animatrice et écrivaine Flavie Flament a mis en lumière un concept encore méconnu du grand public : la « revictimisation ». Dans ses déclarations, elle a expliqué que ce mécanisme contribue à maintenir les victimes dans un silence prolongé et à reproduire des situations de violence. Pour éclairer ce processus, une psychiatre spécialisée en traumatologie et victimologie en détaille les ressorts.
Qu’est-ce que la revictimisation ?
La revictimisation désigne un phénomène par lequel une personne ayant subi un traumatisme – en particulier un viol ou une agression sexuelle – se retrouve, souvent inconsciemment, exposée à de nouvelles situations de violence ou d’abus. Ce n’est pas un choix délibéré, mais une conséquence directe des séquelles psychologiques laissées par le trauma initial. La spécialiste interrogée explique que le cerveau traumatisé modifie la perception du danger et altère la capacité à poser des limites, rendant la personne plus vulnérable face à des prédateurs.
Un cercle vicieux alimenté par la honte et la culpabilité
Selon la psychiatre, la revictimisation est alimentée par des sentiments intenses de honte et de culpabilité qui ancrent la victime dans un statut de proie. « Le traumatisme non traité laisse des cicatrices invisibles, mais actives », précise-t-elle. Ces émotions empêchent souvent la personne de reconnaître les signaux d’alarme ou de se protéger, et peuvent la conduire à minimiser les violences subies ou à les normaliser. Ainsi, sans prise en charge adaptée, le risque de subir d’autres agressions augmente considérablement.
L’importance d’une prise en charge précoce
« Traiter le trauma, c’est enrayer le cercle de la violence subie », insiste la psychiatre. La thérapie spécialisée en traumatologie vise à aider la victime à comprendre les mécanismes à l’œuvre, à restaurer son estime de soi et à reconstruire sa capacité à identifier et à fuir les situations dangereuses. Sans cette démarche, la revictimisation peut se répéter sur des années, voire toute une vie. Flavie Flament, en rendant public ce concept, espère contribuer à une meilleure information du public et encourager les victimes à chercher de l’aide.
Un enjeu de santé publique
Ce mécanisme, longtemps sous-estimé, est aujourd’hui reconnu comme un enjeu de santé publique. Les professionnels de santé appellent à une meilleure formation des médecins, des psychologues et des forces de l’ordre pour détecter les signes de revictimisation et orienter les victimes vers des soins adaptés. Le témoignage de Flavie Flament pourrait ainsi contribuer à briser un tabou et à ouvrir la voie à une prévention plus efficace des violences sexuelles.