La prochaine élection présidentielle française, prévue pour 2027, s’annonce comme l’une des plus ouvertes et des plus confuses de la Ve République. Selon un décompte effectué ces dernières semaines, pas moins de trente-cinq personnalités ont déjà fait acte de candidature, préparé leur entrée en campagne ou manifesté leur intérêt pour le poste suprême. Ce nombre inédit illustre l’éclatement du paysage politique et la faiblesse des grands partis traditionnels.
Un départ sans favori clair
Le président sortant, Emmanuel Macron, ne peut constitutionnellement briguer un troisième mandat consécutif. Son départ laisse un vide que nul ne semble en mesure de combler avec autorité. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a récemment prévenu que cette “profusion d’ambitions” reflétait une déconnexion des candidats avec les préoccupations des électeurs, risquant de rendre le scrutin “grotesque” aux yeux des Français.
À droite comme à gauche, les forces politiques se fragmentent. Le Rassemblement national espère capitaliser sur son succès aux législatives de 2024, mais ses dirigeants potentiels – Marine Le Pen, Jordan Bardella – doivent composer avec la concurrence d’Éric Zemmour, qui conserve une base militante active. À gauche, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, le Parti socialiste, les écologistes et les communistes peinent à s’accorder sur une candidature unique. Plusieurs figures, comme le socialiste Raphaël Glucksmann ou l’écologiste Marine Tondelier, tentent de se positionner.
Des micro-partis et des indépendants
Au-delà des formations établies, une multitude de petits partis, de mouvements citoyens et d’individus sans étiquette se pressent. On compte parmi eux des anciens ministres macronistes (Gérald Darmanin, Édouard Philippe), des souverainistes (Nicolas Dupont-Aignan), des régionalistes corses, des candidats issus de la société civile et même des figures humoristiques. Cette offre pléthorique pourrait entraîner un premier tour éclaté, où un faible score permettrait à un candidat extrémiste d’accéder au second tour.
La menace de l’extrême droite
Plusieurs observateurs estiment que l’extrême droite n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Marine Le Pen, arrivée en tête dans certaines régions en 2022, bénéficie d’un socle électoral solide. Sa concurrente Éric Zemmour, bien que moins bien placée dans les sondages, pourrait lui ravir des voix lors du premier tour, réduisant ses chances de qualification. Mais en l’absence d’une union des modérés, une victoire finale du RN n’est plus exclue.
Des appels à une candidature unique du centre
Face à ces divisions, des voix s’élèvent pour que les partis de gouvernement – la majorité macroniste, Les Républicains et le centre droit – s’entendent sur un nom. Pour l’instant, ces appels restent vains. Le premier tour est fixé au printemps 2027, mais la campagne officielle ne débutera qu’en fin d’année 2026. D’ici là, le nombre de candidats pourrait encore augmenter, ou diminuer si certains effectuent des alliances de dernier moment.
Un risque de discrédit
La multiplication des candidatures pose aussi un problème de crédibilité. Le Conseil constitutionnel, qui valide les parrainages, pourrait peiner à distinguer les candidats sérieux des simples postulants. Certains redoutent que cette abondance ne nourrisse l’abstention, voire un rejet massif de la classe politique. Dans ce climat, le prochain président pourrait être élu avec une légitimité fragile, accentuant les tensions dans un pays déjà polarisé.
En attendant, les trente-cinq prétendants s’activent en coulisses, chacun espérant créer la surprise. Mais comme le résume un proche du pouvoir : “Avec autant de candidats, le plus difficile sera d’éviter que le vainqueur ne soit celui que personne n’a vu venir.”