Assemblée générale sous tension

Mercredi 27 mai, lors de l'assemblée générale du groupe Bolloré, son PDG Cyrille Bolloré, fils du magnat Vincent Bolloré, a pris la parole pour répondre à la tribune intitulée « Zapper Bolloré », publiée quelques jours plus tôt par plusieurs centaines de personnalités du monde de la culture, des médias et de la politique. Cette tribune dénonçait l'influence croissante du groupe sur le paysage médiatique français et l'accusait de favoriser les idées d'extrême droite.

Cyrille Bolloré a qualifié le climat actuel d'« agitation » et d'« énervement », estimant que la tribune s'inscrivait dans un mouvement « d'énervement et d'agitation collective ». Il a appelé à « l'apaisement » et a regretté ce qu'il considère comme une mécompréhension des intentions du groupe.

Des accusations rejetées

Le PDG a fermement nié tout projet politique ou idéologique derrière les acquisitions et les orientations éditoriales des médias contrôlés par le groupe — notamment la chaîne CNews, le journal Le Journal du Dimanche (JDD) et la radio Europe 1. Il a affirmé que le groupe n'avait « aucun projet d'extrême droite » et que les accusations portées par les signataires de la tribune étaient infondées.

« Nous ne faisons que proposer des contenus diversifiés, dans le respect de la loi et des valeurs de la République », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par des actionnaires présents. Il a également souligné que l'entreprise ne cherchait qu'à répondre à une demande du public, sans arrière-pensée politique.

Un contexte polémique

La tribune « Zapper Bolloré », publiée le 19 mai, avait réuni plus de 500 signataires, dont des artistes, des journalistes, des intellectuels et des responsables politiques de gauche et d'extrême gauche. Elle appelait à un boycott des médias du groupe et dénonçait une « entreprise de déstabilisation de la démocratie » en raison de la ligne éditoriale jugée conservatrice et proche de l'extrême droite de certaines antennes.

Cette initiative avait provoqué de vifs débats dans la sphère médiatique et politique. Plusieurs personnalités, dont le ministre de la Culture, avaient pris position, certains pour soutenir la tribune, d'autres pour défendre la liberté d'expression et dénoncer une tentative d'intimidation.

Réactions et implications

Les déclarations de Cyrille Bolloré n'ont pas apaisé les critiques. Plusieurs signataires de la tribune ont réagi en estimant que le PDG n'avait pas répondu sur le fond des accusations. « Il se contente de nier sans apporter de preuves, alors que les faits sont là : la multiplication de contenus polémiques, la mise à l'écart de journalistes, et la promotion de figures identitaires », a commenté l'un d'eux, sous couvert d'anonymat.

De son côté, l'entourage du groupe Bolloré a indiqué que Cyrille Bolloré n'avait pas l'intention de développer davantage sa position, jugeant que l'assemblée générale n'était pas le lieu d'un débat politique. Le groupe préfère se concentrer sur ses résultats financiers et ses projets industriels.

Un groupe sous surveillance

Le groupe Bolloré, présent dans les médias, la logistique, l'énergie et le divertissement, est régulièrement critiqué pour son influence supposée sur le débat public. Vincent Bolloré, homme d'affaires influent, a été accusé par ses détracteurs de vouloir imposer une ligne conservatrice et proche de l'extrême droite via ses médias.

L'assemblée générale de mercredi s'est déroulée sans incident majeur, mais la polémique autour de la tribune risque de perdurer. Les prochains mois pourraient voir de nouvelles actions de contestation de la part des opposants au groupe, tandis que le PDG tente de calmer le jeu en appelant à l'apaisement.