Des milliers de personnes ont répondu samedi à l'appel d'Ozgur Ozel, chef de file du Parti républicain du peuple (CHP) récemment évincé de la présidence du parti par une décision de justice, pour une marche à travers le centre d'Ankara. Cette mobilisation intervient dans un climat de tensions exacerbées au sein de la principale formation d'opposition turque, déchirée par une lutte de pouvoir qui oppose M. Ozel à son prédécesseur, Kemal Kilicdaroglu.
Le 21 mai, un tribunal d'Ankara a jugé que le congrès du CHP de 2023, qui avait porté M. Ozel à la direction du parti, était entaché d'irrégularités. La même décision a provisoirement rétabli M. Kilicdaroglu, figure controversée, à la tête du parti. Le CHP et ses soutiens dénoncent une manœuvre politique destinée à affaiblir l'opposition et à écarter M. Ozel de la course à l'élection présidentielle de 2028. Cette crainte s'inscrit dans un contexte plus large de répression contre le CHP, qui a vu l'ancien maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, considéré comme le principal candidat susceptible de défier le président Recep Tayyip Erdogan, être emprisonné l'année dernière.
Un rassemblement sous le signe de la contestation
Conduisant la marche jusqu'au mausolée de Mustafa Kemal Ataturk, fondateur de la Turquie moderne et du CHP, M. Ozel a rejeté l'idée que la crise actuelle ne soit qu'une querelle interne au parti. Il a qualifié la direction de M. Kilicdaroglu d'illégitime, en dépit de la décision de justice, et réclamé la tenue immédiate d'un nouveau congrès du parti. « Cette affaire concerne Recep Tayyip Erdogan et le peuple », a-t-il déclaré devant la foule. Ses partisans ont scandé « Chef Ozgur ! » et qualifié M. Kilicdaroglu de « traître ».
Kilicdaroglu appelle à un congrès « transparent »
Parallèlement, M. Kilicdaroglu a pris la parole devant le siège du CHP à l'occasion de la fête islamique de l'Aïd al-Adha, avant de pénétrer dans les locaux du parti pour s'adresser à ses propres soutiens. Dans une déclaration, il s'est engagé à organiser un nouveau congrès dans les plus brefs délais. « Nous organiserons un congrès du parti propre et totalement transparent », a-t-il promis. « Les membres de notre parti construiront le havre de sécurité de notre parti. Nous irons tous ensemble vers ce havre de sécurité », a-t-il ajouté.
Les deux hommes incarnent désormais deux visions antagoniques de l'avenir du CHP, alors que le parti tente de faire face à ce qui est perçu par beaucoup comme une tentative de déstabilisation orchestrée par le pouvoir en place. Les prochains jours pourraient être décisifs pour l'unité et la stratégie de la principale force d'opposition turque, dont l'avenir politique semble suspendu à la résolution de cette crise de leadership sans précédent.