Un médicament expérimental, le rétatrutide, a permis à des participants d'un vaste essai clinique de perdre bien plus de poids que les traitements contre l'obésité déjà commercialisés, a annoncé jeudi 21 mai 2026 l'entreprise pharmaceutique Eli Lilly, qui le développe.

Parmi les patients les plus lourds de l'essai, les résultats sont comparables à ceux obtenus après un pontage gastrique, la seule intervention efficace pour la plupart des personnes souffrant d'obésité sévère. Cette annonce, faite par voie de communiqué de presse, n'a pas encore été soumise à une évaluation par les pairs ni publiée dans une revue médicale.

Un effet puissant, mais des effets secondaires notables

Le rétatrutide semble être le plus puissant à ce jour parmi la vague d'injections et de pilules qui ont transformé le traitement de l'obésité. Certains participants à d'autres recherches ont même indiqué avoir cessé de prendre le rétatrutide parce qu'ils estimaient perdre trop de poids.

Si les effets du médicament ne s'estompent pas avec le temps et si ses résultats dans la vie réelle correspondent à ceux observés dans l'essai clinique, il pourrait élargir la conception de ce que peut accomplir un médicament amaigrissant.

Cependant, cette puissance a un coût. À des doses plus élevées, le médicament provoque souvent des effets secondaires gastro-intestinaux si désagréables que certains patients cessent de le prendre. L'entreprise n'a pas précisé la proportion exacte de participants ayant abandonné l'étude pour cette raison.

Détails de l'essai clinique

L'essai clinique, dont les détails complets n'ont pas encore été publiés, portait sur des personnes obèses ou en surpoids. Les participants ont reçu une injection hebdomadaire de rétatrutide. Au bout de 80 semaines, la perte de poids moyenne atteignait 28 % du poids corporel initial.

Ce résultat dépasse largement ceux des médicaments déjà approuvés contre l'obésité, comme le sémaglutide (commercialisé sous les noms d'奥泽皮克, Wegovy et Rybelsus) ou le tirzépatide (Mounjaro et Zepbound). Le tirzépatide, également développé par Eli Lilly, entraîne une perte de poids d'environ 20 à 22 % après 72 semaines dans les essais.

Comparaison avec la chirurgie bariatrique

Pour les patients les plus sévèrement obèses, le rétatrutide a produit des résultats comparables à ceux de la chirurgie bariatrique, en particulier le pontage gastrique. Cette intervention chirurgicale entraîne généralement une perte de poids de 25 à 30 % du poids corporel total, maintenue à long terme. Si le rétatrutide confirme son efficacité sur la durée, il pourrait offrir une alternative non invasive à la chirurgie pour de nombreux patients.

Un marché en pleine expansion

L'annonce d'Eli Lilly intervient dans un contexte de forte concurrence sur le marché des traitements contre l'obésité. Plusieurs laboratoires développent des candidats médicaments visant à imiter ou surpasser les effets des incrétines, des hormones qui régulent l'appétit et la glycémie. Le rétatrutide est un agoniste triple des récepteurs du GLP-1, du GIP et du glucagon, ce qui lui confère un mécanisme d'action plus large que les traitements actuels.

Eli Lilly espère obtenir une autorisation de mise sur le marché dans les prochaines années, sous réserve des résultats complets des essais de phase III et de l'approbation des autorités réglementaires. L'entreprise n'a pas encore communiqué de calendrier précis pour le dépôt des dossiers.

Précautions et limites

Les experts appellent à la prudence tant que les données complètes ne sont pas publiées et examinées indépendamment. L'absence de publication dans une revue scientifique empêche une évaluation rigoureuse des bénéfices et des risques. De plus, les effets à long terme du rétatrutide, notamment sur le système cardiovasculaire et le risque de malnutrition, restent inconnus.

L'essai n'a pas non plus évalué l'impact du médicament sur des critères cliniques durs comme la réduction des événements cardiovasculaires ou la mortalité, qui font l'objet d'études distinctes.

En attendant, le rétatrutide s'annonce comme une option thérapeutique potentiellement révolutionnaire pour l'obésité, mais son parcours jusqu'à la clinique reste semé d'obstacles réglementaires et de questions de tolérance.