Melanie Malone, chercheuse en sciences environnementales à l’Université de Washington à Bothell, a vu sa subvention de 1,2 million de dollars accordée par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) être brutalement interrompue en mai 2025, alors que son équipe s’apprêtait à analyser des années de données sur la contamination de l’eau et des sols.

Son projet portait sur la partie aval du fleuve Duwamish, à Seattle, un site classé parmi les plus anciens « Superfund » du pays – des zones les plus polluées des États-Unis, désignées pour un nettoyage prioritaire par l’EPA. « Les habitants de cette zone meurent jusqu’à treize ans plus tôt que ceux des autres quartiers de Seattle », explique la chercheuse.

Un travail de terrain d’urgence

Peu après l’obtention de la subvention, fin 2022, une grande marée de vive-eau a fait déborder le fleuve, inondant des habitations. « Les gens pataugeaient dans les eaux usées et toutes sortes de contaminants du site Superfund pour tenter de récupérer leurs affaires », raconte Melanie Malone. Ses partenaires communautaires l’ont pressée d’échantillonner immédiatement, ce qu’elle a fait.

Pendant près de trois ans, son équipe a effectué un suivi en temps réel de la pollution : alertes de déversement, crues, puis prélèvements sur le terrain. L’originalité du projet était d’associer étroitement les habitants à la recherche. « Je fais ma recherche avec les gens, plutôt que sur eux », souligne-t-elle.

Une annulation sans explication détaillée

En mai 2025, juste avant la phase d’analyse globale des données, l’agence a notifié à l’équipe l’arrêt de la subvention. « Comme tous les autres bénéficiaires du même programme de subventions, on nous a dit que l’agence changeait de direction et que notre projet ne correspondait plus à ses priorités », rapporte Melanie Malone.

Depuis, la scientifique tente de trouver d’autres financements pour terminer le travail et tenir les promesses faites aux communautés. « Cela prend du temps que nous devrions consacrer à la recherche », regrette-t-elle.

Des lacunes réglementaires pointées

La chercheuse insiste sur le fait que certaines des substances et des zones qu’elle étudiaient n’étaient ni réglementées ni surveillées par le gouvernement. « L’une des raisons pour lesquelles les gens meurent plus tôt dans cette zone est que les réglementations ne correspondent pas à ce dont ces personnes ont réellement besoin pour être en sécurité », affirme-t-elle. Son équipe prévoyait de transmettre ces informations à l’EPA.

L’annulation de ce projet, et de nombreux autres similaires, constitue selon elle une perte importante pour la science directement utile aux populations. « C’est vraiment dur de voir toute cette recherche annulée, pas seulement mon projet, mais beaucoup d’autres, parce que nous savons qu’elle avait un impact », conclut Melanie Malone.