Le tribunal correctionnel de Besançon examinait mercredi 26 mai le cas de Yona Faedda, l’une des porte-paroles du collectif d’extrême droite Némésis. Elle est poursuivie pour diffamation publique envers un citoyen chargé d’un mandat public, après avoir publié sur les réseaux sociaux des messages accusant l’ancien maire de la ville, Jean-Louis Fousseret, d’avoir « couvert des viols » commis par des étrangers en situation irrégulière, notamment des personnes sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Des propos tenus en marge d’un fait divers

Les publications incriminées remontent à l’été 2024, après le viol et le meurtre d’une adolescente de 14 ans, dont le principal suspect était un ressortissant afghan sous OQTF. Dans ses messages, Yona Faedda écrivait notamment : « Pour Némésis, un étranger, surtout un OQTF, est un violeur », avant d’ajouter que l’ancien maire « laisse faire et couvre ces violeurs ». Ces propos, repris et amplifiés par des comptes d’extrême droite, avaient suscité une vive polémique locale.

La défense s’appuie sur la liberté d’expression

À l’audience, la prévenue a justifié ses déclarations par son combat contre l’immigration et a estimé qu’elle ne faisait qu’exercer son droit à la liberté d’expression. Son avocat a plaidé que ses clientes (elle comparaissait avec une autre militante, également poursuivie) n’avaient fait que « citer un fait divers » et que leurs propos relevaient d’un « débat d’intérêt général » sur l’immigration et la sécurité. Il a également contesté le caractère diffamatoire des termes employés, affirmant qu’ils visaient une politique publique et non une personne en particulier.

La partie civile dénonce une instrumentalisation

Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon de 2001 à 2020, s’est constitué partie civile. Par la voix de son avocat, il a dénoncé une « instrumentalisation politique de la douleur des victimes » et une tentative de « stigmatiser toute une communauté ». Il a rappelé qu’en tant qu’élu, il n’avait aucun pouvoir judiciaire sur les fichiers des OQTF et que l’accusation de « couvrir des viols » était infamante. L’avocat a souligné le préjudice moral et politique subi par son client, dont la réputation a été gravement atteinte par ces accusations.

Délibéré attendu

Le parquet a requis une peine de plusieurs mois de prison avec sursis et une amende, ainsi que l’affichage de la condamnation sur les réseaux sociaux. Le tribunal a mis sa décision en délibéré, qui sera rendue dans les prochaines semaines. Cette affaire intervient dans un contexte de tensions autour du traitement des étrangers sous OQTF et du discours de certains mouvements identitaires sur le sujet.

Un précédent judiciaire

En janvier dernier, une autre militante de Némésis avait été condamnée pour des propos similaires tenus contre un élu d’une autre commune. Le collectif, fondé en 2020, se présente comme une organisation féministe et identitaire, mais est régulièrement accusé de propager des discours de haine contre les étrangers et les musulmans. Cette nouvelle procédure relance le débat sur les limites de la liberté d’expression en ligne et la responsabilité pénale des activistes.