Six pays de l’Union européenne ont décidé de faire front commun pour donner un nouvel élan à l’union des marchés de capitaux (UMC). La France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et la Poland ont annoncé leur intention de travailler ensemble afin d’accélérer la mise en œuvre de ce chantier européen, bloqué depuis des années.

Cette coalition, dévoilée ces derniers jours, entend peser dans les négociations à Bruxelles pour que des mesures concrètes soient adoptées avant la prochaine législature. L’union des marchés de capitaux vise à faciliter la circulation des investissements et de l’épargne entre les États membres, en harmonisant les règles et en supprimant les obstacles transfrontaliers. Le projet est considéré comme un levier crucial pour dégager les financements nécessaires aux transitions numérique et climatique, sans dépendre exclusivement des banques.

Les grandes lignes de la revendication

Dans une déclaration commune, les six pays insistent sur la nécessité de parvenir à des progrès « tangibles et rapides ». Ils souhaitent notamment simplifier les règles applicables aux marchés boursiers, améliorer l’accès des entreprises, en particulier des PME, aux financements non bancaires, et renforcer la supervision unique. Une attention particulière est portée à la titrisation, dont les partisans estiment qu’elle pourrait libérer des capacités de prêt si elle était encadrée de manière plus souple.

La coalition appelle également à une meilleure coordination entre les autorités nationales de régulation et la Commission européenne. Elle propose que l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) se voie confier davantage de pouvoirs directs de supervision pour les acteurs transfrontaliers. Cette piste suscite toutefois des réserves chez certains États membres, attachés à la subsidiarité.

Un contexte d’urgence économique

Cette offensive diplomatique intervient alors que l’Union européenne cherche à mobiliser des centaines de milliards d’euros pour financer les objectifs climatiques et la transformation numérique de son économie. Les dirigeants des six pays estiment que sans une union des marchés de capitaux pleinement fonctionnelle, l’Europe risque de prendre un retard irrattrapable face aux États-Unis et à la Chine.

Le sujet doit figurer en bonne place lors du prochain conseil européen, où les chefs d’État et de gouvernement devraient débattre des moyens d’accélérer le processus. La Commission européenne, de son côté, a déjà présenté plusieurs propositions législatives, mais leur adoption bute sur des divergences entre les Vingt-Sept.

Des oppositions persistantes

Si la coalition des six pays représente un poids politique significatif au sein de l’UE, elle ne fait pas l’unanimité. Certains États, notamment ceux d’Europe centrale et du Nord, se montrent réticents à l’idée d’une centralisation accrue de la supervision financière. Des inquiétudes subsistent également quant à un possible nivellement des protections des investisseurs ou à une concurrence fiscale exacerbée.

Les six pays membres de la coalition assurent vouloir avancer sans attendre un consensus général, quitte à recourir aux mécanismes de « coopération renforcée » prévus par les traités. Cette option permettrait à un groupe d’États volontaires d’approfondir l’intégration sans être freiné par le véto des autres.

Prochaines étapes

La coalition doit présenter une feuille de route détaillée dans les semaines à venir, en amont du sommet européen de juin 2025. Les ministres des Finances des six pays devraient se réunir prochainement pour finaliser leurs propositions communes. L’objectif affiché est d’aboutir à des premières mesures opérationnelles d’ici la fin de l’année.

Les milieux d’affaires et une partie des eurodéputés accueillent favorablement cette initiative, y voyant une occasion de sortir de l’ornière un projet souvent annoncé mais jamais concrétisé. Reste à savoir si la coalition parviendra à convaincre les réticents et à faire aboutir des réformes que d’aucuns jugent indispensables à la compétitivité européenne.