Le gouvernement fédéral américain a annoncé son intention d'octroyer plus de deux milliards de dollars à neuf entreprises actives dans le domaine de l'informatique quantique, une décision qui reflète l'importance croissante de cette technologie pour la sécurité nationale et la compétitivité économique. Cette enveloppe, puisée dans la loi CHIPS and Science Act adoptée sous l'administration précédente, est gérée par le département du Commerce (DOC).
Des montants significatifs pour des acteurs variés
Sur le total, 1,375 milliard de dollars sont destinés à IBM (un milliard) et à GlobalFoundries (375 millions) pour le développement de fonderies quantiques. Les sept autres entreprises bénéficient chacune de 100 millions de dollars, à l'exception de Diraq qui reçoit 38 millions. Les bénéficiaires incluent Atom Computing, D-Wave, Infleqtion, PsiQuantum, Quantinuum et Rigetti. IBM a par ailleurs indiqué qu'il ajouterait un milliard de dollars supplémentaires à l'investissement public pour créer une fonderie dédiée aux puces quantiques, baptisée Anderon, qui sera installée à Albany, dans l'État de New York. Cette structure de 300 millimètres de diamètre pour la production de wafers quantiques devrait fonctionner comme une filiale indépendante d'IBM.
Contexte géopolitique et course à la suprématie quantique
Cette annonce intervient dans un contexte de vive concurrence internationale. La Chine, dans son 15e Plan quinquennal couvrant la période 2026-2030, a placé le quantique au sommet de ses sept industries d'avenir et y a déjà consacré environ 17,5 milliards de dollars répartis dans trois fonds régionaux, finançant 27 projets d'investissement direct. Des analystes du Center for Strategic and International Studies soulignent que « dans cette course technologique, les avancées théoriques et les progrès de la recherche seront aussi cruciaux que les connaissances techniques pratiques appliquées pour les pays et les entreprises. Un écosystème quantique complet, équilibrant les découvertes scientifiques profondes et l'accumulation d'un savoir-faire technique pratique, est nécessaire. »
Un investissement jugé stratégique
Le département du Commerce a justifié ces crédits en soulignant le rôle de l'informatique quantique dans la défense nationale, la science des matériaux avancés et des secteurs aussi variés que la biopharmacie, la finance et l'énergie. Le gouvernement insiste sur la nécessité de conserver une avance technologique dans un domaine dont les retombées économiques potentielles sont estimées à 850 milliards de dollars. L'administration américaine, sous les deux mandats Trump comme sous l'ère Biden, a multiplié les initiatives : le National Quantum Initiative Act de 2018 a posé les bases, tandis que le département de l'Énergie a créé cinq Centres de recherche nationale en sciences de l'information quantique, situés dans des laboratoires nationaux comme Argonne (Illinois) et Lawrence Berkeley (Californie). Des travaux sur les systèmes hybrides classiques-quantiques sont également menés au laboratoire national d'Oak Ridge (Tennessee).
Des conditions pour les bénéficiaires
Si le montant total de l'aide est sans précédent, les entreprises bénéficiaires devront accepter des contreparties. Le gouvernement américain exige un retour sur investissement, que ce soit sous forme de redevances, de participation au capital ou de droits de propriété intellectuelle sur les technologies développées. Cette approche, inspirée du modèle utilisé dans d'autres secteurs stratégiques, vise à garantir que l'argent des contribuables serve effectivement à consolider la base industrielle nationale et à créer des emplois sur le territoire américain. Les modalités précises de ces clauses restent à finaliser avec chaque entreprise.
Vers une industrialisation accélérée
Cette injection massive de fonds publics devrait accélérer le passage de la recherche fondamentale à des applications commerciales concrètes. L'informatique quantique, longtemps considérée comme une probabilité à long terme (dix à vingt ans), connaît des avancées rapides dans des domaines clés comme la correction d'erreur, les algorithmes et le passage à l'échelle. La création de la fonderie Anderon par IBM, avec le soutien public, illustre cette volonté de bâtir une filière industrielle complète sur le sol américain, depuis la conception des puces jusqu'à leur fabrication en volume. Les prochaines années devraient voir émerger des systèmes quantiques tolérants aux fautes, capables de résoudre des problèmes encore inaccessibles aux ordinateurs classiques.