Que demandons-nous à Google ? La question, en apparence anodine, est au cœur d’un ouvrage qui vient de paraître. Simon Rogers, data editor de l’entreprise, a passé au crible des milliards de requêtes anonymisées collectées depuis 2004. Le résultat, intitulé What We Ask Google, se veut « un portrait étonnamment optimiste de l’humanité », selon son sous-titre.

Une photographie de nos vies quotidiennes

L’analyse des recherches montre des tendances fortes, notamment dans le domaine de la parentalité. « Pourquoi les bébés ont-ils le hoquet ? », « Quand les bébés font-ils leurs dents ? », « Pourquoi les tout-petits mordent-ils ? », « Comment savoir si mon enfant a un trouble du déficit de l’attention ? » ou encore « Comment annoncer la mort d’un proche aux enfants ? ». Ces interrogations, parmi les plus fréquentes, révèlent les préoccupations intimes des parents. Selon Rogers, les recherches liées à l’éducation des enfants constituent l’un des piliers de ce « miroir social ».

Au-delà de la sphère familiale, l’ouvrage explore les grandes peurs collectives. « Suis-je en train de faire une crise cardiaque ? » est l’une des requêtes médicales les plus courantes, symptôme d’une anxiété sanitaire diffuse. Les questions sur la santé mentale (« Comment arrêter de ruminer ? », « Pourquoi suis-je triste sans raison ? ») explosent, reflétant une prise de conscience croissante mais aussi une détresse silencieuse.

Des données qui en disent long

Rogers, ancien journaliste britannique installé en Californie, a utilisé l’outil Google Trends, développé par les ingénieurs de la firme depuis 2006. Les données remontent jusqu’en 2004, une époque où les téléphones étaient encore « stupides » et où moins de la moitié des foyers britanniques avaient accès à Internet. Ce recul historique permet de mesurer l’évolution des centres d’intérêt.

Le livre ne se contente pas de compiler des listes : il met en lumière des paradoxes. Par exemple, si les requêtes sur le changement climatique ont bondi, celles sur les moyens concrets d’agir (comme « Comment réduire mon empreinte carbone ? ») restent marginales. De même, les recherches sur les célébrités ou les résultats sportifs côtoient des interrogations métaphysiques (« Quel est le sens de la vie ? »).

Un reflet imparfait mais unique

Simon Rogers insiste sur la limite de son travail : les données sont anonymisées et agrégées, ce qui empêche de connaître le profil précis des utilisateurs. De plus, Google ne représente qu’une partie – certes majoritaire – des recherches en ligne. Certaines cultures ou langues sont sous-représentées. Malgré ces biais, l’auteur estime que ce corpus offre une fenêtre rare sur les pensées collectives, à mi-chemin entre la psychologie sociale et le documentaire.

L’ouvrage a été salué par la critique comme une tentative courageuse de donner un sens à notre « bouillon numérique ». Il invite à réfléchir à ce que nos questions les plus intimes disent de nous, en tant qu’individus et en tant qu’espèce.