L'ancienne directrice de la branche francophone de la chaîne d'État russe Russia Today (RT), Xenia Fedorova, se retrouve au centre d'une controverse qui prend une ampleur diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a qualifié vendredi 29 mai, sur les ondes d'une station de radio, cette ressortissante russe de « propagandiste patentée qui sert de relais à la désinformation du Kremlin ». Il a ajouté que lui offrir des plateaux et des colonnes revenait à « servir la soupe de Vladimir Poutine ».

Un parcours dans l'orbite du Kremlin

Xenia Fedorova a dirigé RT France jusqu'à la fermeture de la chaîne en 2023, après son interdiction de diffusion dans l'Union européenne en 2022, dans le cadre des sanctions liées à l'invasion de l'Ukraine. Depuis lors, elle est devenue une intervenante régulière dans les médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré : elle apparaît les mercredis et dimanches dans une émission sur CNews, tient une chronique hebdomadaire dans le JDNews et présente une émission sur CNews et CStar. En 2025, elle a publié chez Fayard, maison d'édition du groupe Bolloré, un ouvrage intitulé « Bannie », dans lequel elle accuse les autorités françaises de chercher à la réduire au silence.

Des accusations officielles et des saisines du régulateur

Les propos du ministre des Affaires étrangères font écho à une note interne du Quai d'Orsay, dont la teneur a été rendue publique, qui détaille l'alignement des positions de Xenia Fedorova avec les discours officiels du Kremlin sur l'Ukraine, l'OTAN et l'Europe. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, avait déjà, quelques jours plus tôt, pointé des « propos très graves » de la chroniqueuse, estimant qu'ils « inversent complètement la charge de la preuve sur les responsabilités entre la Russie et l'Ukraine ».

Par ailleurs, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a été saisie à deux reprises au mois de mai. La première saisine concerne des déclarations du 9 mai, où Xenia Fedorova aurait « accusé de manière fallacieuse la Lettonie de glorifier le nazisme ». La seconde, datée du 10 mai, porte sur un message de désinformation à propos du conflit ukrainien, dans lequel elle affirmait que « c'est l'Occident qui a décidé de prolonger ce conflit ».

Des tensions au sein même des médias d'accueil

Selon des témoignages concordants, plusieurs habitués de CNews ont constaté qu'ils n'étaient plus invités après avoir débattu avec Xenia Fedorova en plateau. C'est le cas du général Bruno Clermont, qui a déclaré que « très clairement, plusieurs de mes propos n'ont pas plu à Xenia Fedorova ». Ces éléments ajoutent à la pression croissante sur le groupe Bolloré, déjà critiqué pour son refus de travailler avec les auteurs d'une tribune dénonçant « l'emprise grandissante de l'extrême droite » sur le cinéma.

Un débat sur les limites de la liberté éditoriale

La polémique relance la question des limites de la liberté éditoriale face à des intervenants perçus comme des vecteurs de propagande étrangère. Le ministre Jean-Noël Barrot a distingué, dans ses déclarations, la liberté de ligne éditoriale de l'acceptation d'une personne qu'il considère comme une propagandiste. Le gouvernement n'a, pour l'instant, pas annoncé de mesures concrètes, mais les autorités confient, selon des informations de presse, être confrontées à des difficultés juridiques pour contrer l'influence de cette ressortissante russe, qui dispose d'un titre de séjour et n'a pas été condamnée en France. La situation illustre les failles du dispositif de lutte contre l'ingérence informationnelle, alors que la guerre en Ukraine entre dans sa quatrième année.