Les bureaux de vote ont ouvert ce dimanche en Colombie pour le premier tour de l’élection présidentielle. Quatorze candidats sont en lice, mais la compétition se résume à une triangulaire entre un allié du chef de l’État sortant et deux figures de la droite dure, toutes deux proches de l’ancien président américain Donald Trump. Le scrutin est présenté comme un test décisif pour la politique de « paix totale » menée par Gustavo Petro, premier président de gauche de l’histoire récente du pays.

Ancien membre du groupe guérillero M-19 dans les années 1970 et 1980, Gustavo Petro a engagé des négociations controversées avec les groupes rebelles encore actifs sur le territoire tout en poussant des réformes sociales et économiques, dont une refonte du code du travail. Son mandat s’achève dix ans après la signature de l’accord de paix historique avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), censé mettre un terme à un demi-siècle de conflit armé.

Un retour de la violence

Si cet accord a suscité un immense espoir, la violence n’a pas disparu. Elle a même connu une recrudescence ces dernières années, culminant dans la période préélectorale. Les groupes criminels ont multiplié les attaques, y compris par drones, et plusieurs actes armés ont émaillé la campagne. En juin dernier, le candidat à la présidentielle Miguel Uribe Turbay, âgé de 39 ans, a été mortellement touché par balle lors d’un rassemblement politique. Cet assassinat a illustré la fragilité persistante du processus de paix et la gravité des menaces qui pèsent sur la vie politique colombienne.

Trois candidats, trois visions

Le sénateur Iván Cepeda, fervent artisan de la paix et allié de Gustavo Petro, domine les intentions de vote. Il promet de poursuivre l’initiative de « paix totale » en dialoguant avec les dernières guérillas afin de parvenir à des accords de cessez-le-feu durables. Même si ce plan a peiné à réduire la criminalité – certains groupes ayant profité des trêves pour se renforcer –, Cepeda conserve un soutien solide parmi les électeurs séduits par les avancées progressistes du mandat Petro, notamment la hausse du salaire minimum.

Face à lui, Abelardo de la Espriella, avocat à la rhétorique flamboyante surnommé « le Tigre », a gagné du terrain ces dernières semaines en se présentant comme un franc-tireur prêt à employer les méthodes radicales du Salvador dans sa lutte antigangs. Sa plateforme prône une répression sévère sans égard pour les critiques relatives aux droits humains.

Paloma Valencia est quant à elle considérée comme l’héritière politique de l’ancien président Álvaro Uribe, qui a gouverné de 2002 à 2010 avec le soutien des États-Unis et dont l’offensive militaire contre les FARC s’est accompagnée de lourdes pertes civiles. Comme de la Espriella, elle affiche son admiration pour Donald Trump, alors même que la Maison-Blanche adopte un ton plus agressif que jamais envers l’Amérique latine, exigeant des gouvernements régionaux une répression accrue contre les organisations criminelles.

Une campagne sous tension

Dans les rues de Bogota, les avis divergent. María Eugenia, couturière de 57 ans, confiait vendredi dans le centre de la capitale qu’elle souhaitait une offensive tous azimuts contre les gangs, quel qu’en soit le coût humain. Un sentiment partagé par une partie de l’électorat, lassé par une insécurité qui gangrène le quotidien.

Aucun candidat n’ayant atteint 50 % des voix dans les sondages – un phénomène rarissime en Colombie –, un second tour est attendu courant juin. Les deux finalistes s’affronteront alors pour diriger un pays qui oscille entre la poursuite d’une paix fragile et la tentation d’un retour à la manière forte.