L’écart se creuse entre la France et ses voisins européens en matière d’accès aux innovations thérapeutiques. Selon le baromètre annuel de l’attractivité présenté ce jeudi 25 juin par le Leem, principal syndicat de l’industrie pharmaceutique, les patients français doivent patienter en moyenne 520 jours avant de pouvoir bénéficier d’un nouveau médicament. Ce délai contraste brutalement avec les 56 jours observés en Allemagne, faisant de l’Hexagone l’un des plus mauvais élèves du continent.

Un décalage croissant avec les pays voisins

Les données, compilées par le cabinet PwC, montrent que la France se situe très loin derrière d’autres grands marchés européens comme l’Allemagne (56 jours), l’Italie (autour de 160 jours) ou encore l’Espagne. La France affiche le délai le plus long parmi les pays comparés. Ce n’est pas un simple retard administratif : le Leem évoque une « perte de chance » pour les patients, certains traitements mis au point pour des pathologies graves n’arrivant tout simplement jamais dans les pharmacies et hôpitaux français.

Auriane Cano-Chancel, présidente de la filiale française du laboratoire AstraZeneca et administratrice du syndicat professionnel, résume la situation en ces termes : « On parle de médicaments qui ne seront jamais disponibles sur le marché français ou qui arriveront très en retard, ce qui représente une réelle perte de chance pour les patients français. »

Une liste noire de traitements absents

Depuis plusieurs mois, le Leem recense les nouveaux médicaments qui manquent à l’appel sur le territoire national alors qu’ils sont déjà commercialisés ailleurs en Europe. Cette liste, qui doit être rendue publique dans les prochains mois, comprend déjà des anticancéreux. C’est le cas du Lumykras, développé par Amgen, et du Tepmetko, du groupe Merck KGaA. Ces deux traitements, utilisés contre le cancer du poumon non à petites cellules avec mutations rares, sont disponibles en Allemagne, en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni, mais absents de l’Hexagone.

Ces exemples illustrent un phénomène plus large : près de 40 % des médicaments approuvés par l’Agence européenne des médicaments ne sont pas accessibles en France, selon les données du Leem. Un taux qui place le pays en retrait par rapport à ses principaux concurrents.

Un appel au sursaut à un an de la présidentielle

En présentant ces chiffres à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, le Leem espère être entendu par les pouvoirs publics. Le syndicat dénonce une procédure d’évaluation et de fixation des prix trop longue et trop rigide, qui freine l’arrivée des innovations. La France, longtemps considérée comme un marché pharmaceutique de premier plan, voit son attractivité s’éroder face à des pays ayant mis en place des mécanismes d’accès accéléré.

Le Leem appelle à un « sursaut » du pays, estimant que la situation actuelle constitue une « pénurie silencieuse ». Il plaide pour une simplification des processus administratifs et une meilleure articulation entre les agences sanitaires. Sans réforme, prévient l’organisation, la France risque de voir les laboratoires privilégier d’autres marchés pour lancer leurs innovations, creusant encore l’écart avec ses voisins.