L'accord de libre-échange nord-américain (USMCA, également connu sous le sigle ACEUM) est arrivé à son terme le 1er juillet dernier, sans que les États-Unis acceptent de le renouveler. La décision de Washington ouvre une phase de flou juridique et économique pour les trois partenaires, alors que le texte prévoyait une possible prolongation de seize années supplémentaires.
Conclu durant le premier mandat de Donald Trump, l'USMCA avait remplacé l'ALENA en 2020. Il stipulait que les trois États pouvaient décider d'un commun accord de le reconduire pour une durée de seize ans à partir du 1er juillet 2026. Le Canada et le Mexique ont fait connaître leur souhait de voir l'accord prorogé, mais l'administration Trump a refusé de s'engager dans cette voie.
Une position américaine tranchée
Donald Trump a jugé, le 10 juin dernier, que l'accord ne devait pas être reconduit en l'état. Cette prise de position a été confirmée par le refus explicite de Washington de signer le renouvellement à la date butoir. Interrogée la veille de l'échéance, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a déclaré : « Nous attendons la réponse des États-Unis », rappelant que son pays et le Canada sont favorables à une prolongation de long terme.
Des responsables des trois gouvernements devaient se rencontrer le 1er juillet afin de tenter de clarifier la situation. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, n'a pas encore publiquement réagi, mais Ottawa s'est dit prêt à poursuivre les discussions.
Des chaînes d'approvisionnement sous tension
L'incertitude suscite de vives inquiétudes dans le monde économique. Depuis des décennies, les industries automobile, aérospatiale, électronique et agroalimentaire ont tissé des chaînes de production étroitement intégrées à travers les trois pays. L'absence d'un cadre commercial stable risque de compliquer les flux transfrontaliers et d'augmenter les coûts pour les entreprises.
Plusieurs organisations patronales nord-américaines ont exhorté les gouvernements à maintenir un accord de libre-échange, soulignant que l'arrêt pur et simple de l'USMCA nuirait à la compétitivité de la région face à des puissances comme la Chine ou l'Union européenne.
Vers une renégociation ?
Si le refus de renouveler l'accord est clair, la porte reste ouverte à des négociations. Le Canada et le Mexique ont affirmé leur volonté de discuter d'une nouvelle mouture du traité, éventuellement assortie de modifications. Mais aucune annonce concrète n'a émané de la Maison-Blanche depuis le 1er juillet.
L'enjeu est de taille : l'USMCA régit des échanges commerciaux annuels estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars. En l'absence d'accord, les trois pays pourraient revenir aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avec des droits de douane bien plus élevés que ceux prévus par l'accord.
Un précédent historique lourd
Cette situation rappelle la fin de l'ALENA, dont la renégociation avait été longue et conflictuelle sous la première présidence Trump. À l'époque, le Mexique et le Canada avaient dû faire des concessions significatives sur les règles d'origine, l'acier, l'aluminium et l'accès au marché laitier. Aujourd'hui, le spectre de nouvelles tensions protectionnistes plane de nouveau.
Les prochains jours seront donc décisifs : si aucune prolongation ni aucun début de renégociation n'intervient rapidement, les relations commerciales nord-américaines basculeront dans un régime de droit commun, avec des incidences immédiates sur les chaînes d'approvisionnement et l'investissement.