Depuis le 19 juin, un arrêté préfectoral a instauré des mesures de circulation différenciée en Île-de-France en raison d'un pic de pollution à l'ozone, aggravé par la canicule et l'absence de vent. Les limitations de vitesse sont temporairement réduites sur les grands axes : 110 km/h au lieu de 130, 90 km/h au lieu de 110, et 70 km/h sur certaines portions initialement limitées à 80 ou 90 km/h. Cette baisse de 20 km/h concerne tous les conducteurs, y compris ceux de véhicules électriques, qui ne bénéficient d'aucune exemption sur ce point.

Pourquoi les voitures électriques sont-elles concernées ?

L'ozone troposphérique, polluant principal de cet épisode, se forme par réaction chimique entre les oxydes d'azote (NOx) et les composés organiques volatils (COV) sous l'effet du soleil et de la chaleur. Si les voitures électriques n'émettent pas de gaz d'échappement, elles contribuent indirectement à la production d'ozone via l'usure des pneus, des freins et de la chaussée, qui libèrent des particules et des composés chimiques. De plus, leur poids souvent plus élevé que celui des véhicules thermiques peut accentuer ces émissions non échappement. Une étude récente de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) souligne que les particules issues de l'abrasion représentent une part croissante de la pollution routière.

Des restrictions variables selon les agglomérations

En Île-de-France, le dispositif Crit'Air est activé : seuls les véhicules classés Crit'Air 0 (électriques), 1 et 2 peuvent circuler dans le périmètre de l'A86, soit Paris et la petite couronne. Les véhicules plus anciens ou plus polluants sont interdits. En revanche, la réduction de vitesse ne fait pas de distinction : tous doivent ralentir, quel que soit leur moteur.

Ailleurs en France, d'autres métropoles confrontées à des épisodes similaires adoptent des approches différentes. À Lyon et à Marseille, les restrictions de vitesse sont également appliquées sans distinction, tandis que certaines villes comme Grenoble ou Strasbourg expérimentent des dérogations pour les véhicules électriques lors des pics de pollution, notamment en matière de stationnement ou d'accès aux zones à faibles émissions (ZFE).

Un débat sur l'efficacité des mesures

L'abaissement des vitesses vise à réduire les émissions de NOx et de particules, mais son impact sur la formation d'ozone est moins direct, celle-ci dépendant fortement des conditions météorologiques. Des experts en qualité de l'air estiment que la mesure a un effet limité sur les concentrations d'ozone à court terme, mais qu'elle contribue à une baisse globale des émissions polluantes. Certains écologistes et associations d'automobilistes s'interrogent sur la pertinence d'inclure les véhicules électriques dans ces restrictions, arguant que leur contribution à la pollution photochimique est marginale par rapport aux moteurs thermiques.

Quelles alternatives pour les conducteurs ?

En attendant la levée de l'alerte, les autorités recommandent de privilégier les transports en commun, le covoiturage ou les modes de déplacement actifs comme le vélo. Les conducteurs de voitures électriques, bien que soumis à la réduction de vitesse, peuvent continuer à circuler sans restriction de plaque ou de vignette dans les zones Crit'Air 0-2. La préfecture de police rappelle que le non-respect des limitations abaissées expose à une amende forfaitaire de 135 euros.

Vers une harmonisation des règles ?

Face à la multiplication des épisodes caniculaires et des pics d'ozone, plusieurs collectivités réclament une clarification au niveau national. Le ministère de la Transition écologique a indiqué travailler sur un guide de bonnes pratiques pour les préfectures, afin d'harmoniser les restrictions entre les différentes agglomérations. En attendant, les automobilistes franciliens, qu'ils soient au volant d'une thermique ou d'une électrique, doivent tous adapter leur conduite.