Une Falcon 9 de SpaceX a décollé mardi 23 juin depuis Cap Canaveral, en Floride, emportant dans les airs un engin spatial inédit. Baptisé Starfall, ce démonstrateur se présente comme une capsule cylindrique et plate, comparable à un palet de hockey ou à une soucoupe. Le lancement a eu lieu à 6 h 53, heure locale, depuis la base de Cape Canaveral Space Force Station.
Le véhicule, développé dans une relative discrétion, mesure 3,1 mètres de diamètre pour 75 centimètres de hauteur. Sa masse à vide atteint 2,1 tonnes, et il peut embarquer jusqu'à une tonne de charge utile, pour un poids total en vol d'environ 3,1 tonnes. La structure se compose d'une plaque supérieure en aluminium de 1,4 tonne et d'un bouclier thermique en fibre de carbone de 700 kilogrammes, réparti entre les faces avant et arrière.
Première démonstration en conditions réelles
La mission, intitulée Starfall Demo, constitue le premier vol d'essai de ce type d'engin. Il est exclusivement conçu pour le fret, contrairement au vaisseau Crew Dragon qui transporte des astronautes. Selon les autorisations délivrées par l'Agence fédérale de l'aviation (FAA), dont l'évaluation environnementale remonte au 15 mai, SpaceX a été autorisé à réaliser deux vols de démonstration. L'objectif affiché est de valider la rentrée atmosphérique et le vol contrôlé avant un amerrissage assisté par parachute.
D'après les avis de navigation aérienne et maritime émis pour l'occasion, la zone de récupération se situe dans l'océan Pacifique, à environ 1 300 kilomètres à l'ouest de la Californie. Le plan de vol prévoyait que, après deux orbites autour de la Terre, l'étage supérieur de la Falcon 9 largue le module Starfall pour amorcer sa descente.
SpaceX a communiqué sobrement sur cette mission. Sur le réseau social X, l'entreprise a indiqué que le vol de ce jour incluait « une démo d'un nouveau véhicule qui permettra un accès abordable et régulier à l'environnement de microgravité pour la recherche scientifique et la fabrication dans l'espace ». Aucun détail supplémentaire n'a été fourni sur la chronologie exacte des opérations une fois en orbite.
Un marché de la fabrication en microgravité en plein essor
Les documents réglementaires de la FAA décrivent l'objectif plus large de Starfall : permettre « le transport et la livraison de marchandises depuis l'espace ». Ce type de service vise à répondre à un segment émergent de l'industrie spatiale : la production en orbite de matériaux, en particulier pharmaceutiques. L'entreprise Varda Space Industries travaille déjà dans ce domaine et a récemment signé un accord avec un grand groupe pharmaceutique américain pour développer des médicaments en microgravité.
Starfall pourrait ainsi ramener sur Terre des produits fabriqués dans l'espace, ouvrant la voie à une logistique commerciale nouvelle. La FAA précise que SpaceX entend récupérer « dans la mesure du possible » l'engin, y compris ses parachutes et ses boucliers thermiques.
Le développement de ce véhicule cargo s'inscrit dans la stratégie de SpaceX visant à bâtir un marché de la fabrication industrielle en microgravité, jusqu'ici essentiellement occupé par des start-ups qui dépendent elles-mêmes des lanceurs de l'entreprise. Avec Starfall, le groupe d'Elon Musk cherche à verrouiller la chaîne logistique, de la mise en orbite au retour des produits finis.
Un design atypique et des ambitions discrètes
La forme de Starfall, en soucoupe épaisse, la distingue des autres capsules de rentrée. Sa faible hauteur et son large diamètre lui confèrent un profil aérodynamique particulier. La plaque supérieure et le bouclier thermique arrière sont conçus pour résister aux fortes températures de la rentrée atmosphérique, tandis que le bouclier avant assure la protection lors de la phase la plus critique.
Pour l'heure, SpaceX n'a donné aucune indication sur la suite du programme. Les deux vols d'essai autorisés par la FAA pourraient être réalisés sur une ou deux missions distinctes. L'entreprise n'a pas non plus précisé si un autre chargement accompagnait Starfall à bord du même lanceur.
L'engin doit amerrire dans le Pacifique d'ici quelques heures, concluant ainsi la première étape de ce que SpaceX espère être un nouveau service de livraison spatiale. La réussite de cette démonstration pourrait accélérer le développement d'une filière de transport de marchandises par l'espace, avec des délais de livraison théoriquement très réduits entre deux points du globe.