L’homme que les autorités françaises présentent comme le superviseur de l’attentat meurtrier de la rue des Rosiers, commis en 1982 à Paris, a été extradé depuis la Cisjordanie en avril dernier. Depuis son incarcération à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), Hicham Harb, 72 ans, conteste les conditions de son transfert, qu’il assimile à une manœuvre politique. Son avocate, Me Alice Becker, a saisi la cour d’appel de Paris pour obtenir l’annulation de la procédure et la remise en liberté de son client.

Un transfert lié à une reconnaissance diplomatique ?

La défense de Hicham Harb estime que son extradition a été négociée en échange d’une reconnaissance par la France de l’État de Palestine. Cette thèse, détaillée dans des éléments transmis à l’AFP, fonde la requête déposée devant la chambre de l’instruction. Les avocats du détenu dénoncent une instrumentalisation judiciaire à des fins diplomatiques.

De son côté, le parquet général a rejeté cette argumentation dans des réquisitions écrites transmises début juin. Il considère que le caractère politique de la procédure n’est pas établi, compte tenu de la gravité des faits reprochés. L’attaque, attribuée au groupe dissident Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) dirigé par Abou Nidal, avait causé la mort de six personnes et fait vingt-deux blessés, le 9 août 1982, dans le quartier du Marais.

Le rôle présumé de Hicham Harb dans l’attentat

Selon l’accusation, Hicham Harb aurait participé à l’opération en tant que tireur et « chef » du commando. Les enquêteurs le présentent comme le superviseur de l’attaque, menée à la grenade et au pistolet-mitrailleur contre le restaurant Jo Goldenberg. Extradé après quarante-quatre ans de latence judiciaire, il est placé en détention provisoire en attendant son procès.

Les conditions de détention contestées

Me Alice Becker dénonce les conditions d’incarcération de son client, qui serait maintenu à l’isolement et souffrirait de problèmes de santé graves. Selon l’avocate, Hicham Harb est en rémission de deux cancers, ce qui rendrait sa détention particulièrement préoccupante. La défense réclame une évaluation médicale indépendante et un placement sous contrôle judiciaire.

Un procès prévu avec d’autres suspects

Hicham Harb devrait comparaître aux côtés de deux autres hommes impliqués dans le dossier : Hazza Taha, né en Cisjordanie et soupçonné d’avoir dissimulé des armes, actuellement sous contrôle judiciaire, et Abou Zayed, un Norvégien d’origine palestinienne considéré comme l’un des tireurs, détenu en France depuis 2020. La tenue du procès est attendue dans les mois à venir.

Une décision attendue le 8 juillet

La cour d’appel de Paris doit se prononcer le mercredi 8 juillet sur la demande d’annulation de l’extradition et de remise en liberté de Hicham Harb. Cette décision pourrait avoir des implications sur le déroulement de la procédure et sur la tenue du procès historique de l’attentat de la rue des Rosiers, l’un des plus anciens dossiers judiciaires liés au terrorisme en France.