Les salles de lactation aux États-Unis oscillent entre pièces cosy et locaux fonctionnels, voire déprimants. C’est ce que montre la photographe Corinne May Botz dans son ouvrage « Milk Factory » (publié par Saint Lucy Books), qui rassemble une série de photographies, un court métrage et des témoignages sur ces espaces souvent invisibles.

Un portrait contrasté de la maternité au travail

Certaines images montrent un environnement lumineux, avec une vue sur les arbres, du matériel de tire-lait posé près d’une fenêtre ouverte. D’autres, en revanche, évoquent un cadre industriel : un tire-lait posé sur un bidon chimique, un kit de pompage dans un espace exigu. L’ensemble compose un portrait « non conventionnel de la maternité », selon les mots de l’artiste.

Les États-Unis restent le seul pays à revenu élevé au monde à ne pas offrir de congé familial rémunéré. Cette absence pousse de nombreuses mères à retourner au travail peu après l’accouchement, ce qui explique la généralisation du tire-lait sur le lieu de travail.

Les contradictions de la productivité et du soin

Les clichés de « Milk Factory » illustrent la tension entre les exigences de productivité du monde professionnel et les attentes culturelles liées à l’amour et aux soins du nourrisson. « L’acte de tirer son lait met en lumière la négociation permanente entre connexion et autonomie dans la maternité, ainsi que les contradictions idéologiques inhérentes à la parentalité moderne et aux politiques publiques », explique Corinne May Botz.

Les salles de lactation deviennent ainsi le symbole d’un système où le corps maternel doit s’adapter aux contraintes du travail, tout en répondant aux injonctions affectives et sociales.

Un document sur un quotidien souvent invisible

L’ouvrage rend visibles des espaces ordinairement cachés : les lieux dédiés à l’extraction du lait maternel dans les entreprises, les universités, les aéroports ou les bâtiments publics. Chaque photographie est accompagnée d’un titre qui précise le métier ou le contexte de la personne utilisant la pièce, comme « Cosmetic Nurse » (infirmière esthétique) ou « Building Manager » (gestionnaire d’immeuble).

Ce travail documentaire intervient dans un contexte où les politiques de soutien à la parentalité restent un sujet de débat aux États-Unis, et où l’absence de congé parental rémunéré aggrave les difficultés des mères actives.